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La rhinopneumonie


Auteurs: AVEF, C. Laugier, I. Barrier,  F. Grosbois

Màj Janvier 2011

La rhinopneumonie est une maladie actuellement présente en France. Elle existe sous 3 formes: respiratoire, nerveuse et abortive. Particulièrement crainte dans les élevages, il est important de bien la connaitre et de bien organiser la prévention contre cette maladie.

Sommaire

Virus et transmission


> Deux herpès virus sont responsables de cette maladie : EHV-1 (« equine herpes virus-1 ») et EHV-4.


Après infection, le virus persiste souvent dans l’organisme, sous forme latente, et peut se réactiver pour provoquer à nouveau la maladie.


60 à 70% des chevaux sont porteurs latents.

 


> La transmission
se fait par :

  • les sécrétions respiratoires des chevaux atteints de forme respiratoire,

  • contact avec un avorton ou les sécrétions utérines correspondantes dans l’expression abortive.



> Les virus peuvent survivre pendant plusieurs semaines dans le milieu extérieur (paille du box, etc…), d’où une contamination possible entre chevaux n’ayant pas de contact direct entre eux, par l’intermédiaire de ces vecteurs de transmission. Cependant, les virus sont sensibles aux désinfectants usuels (savon, crésyl, …).



L’infection des poulinières se fait, le plus souvent, lors de l’introduction de nouveaux chevaux dans l’élevage (achat, pension), ou lors d’un séjour dans un autre haras pour saillie ou poulinage.



> L’avortement peut avoir lieu dans les 9 jours à 4 mois suivant la contamination.
Par exemple, une jument contaminée à l’automne par contact avec un poulain atteint de forme respiratoire peut avorter au printemps, soit 4 mois plus tard ; une jument pleine en pension dans un haras, contaminée par l’avortement de sa voisine, peut avorter quelques jours plus tard. Dans un effectif non vacciné, on peut alors observer jusqu’à 80 à 90% d’avortements.


En résumé, l'origine d’un avortement à rhinopneumonie peut être:

  • infection de la jument par un cheval atteint de forme respiratoire

  • infection de la jument par contact avec l’avorton d’une jument voisine

  • réactivation d’un virus latent hébergé par la jument elle-même.

 

     

Symptômes

Forme respiratoire

(due à EHV-1 ou EHV-4)


La maladie est d’allure grippale mais avec des symptômes souvent plus modérés (fièvre légère, toux, écoulement nasal) pendant 1 à 2 semaines, plus fréquemment à l’automne et en hiver. Elle peut être plus sévère ou se compliquer de surinfections bactériennes, surtout chez les chevaux à l’entraînement.


L’infection peut également passer inaperçu, notamment chez les foals et yearlings à l’élevage s’exprimant par un épisode de toux et d’écoulement nasal parfois sans gravité.

 

Lésions du foie chez un avorton, dues à la rhinopneumonie. Les petits points blancs sont des foyers de « nécrose » (destruction des tissus). (© Dr C. Laugier)

Forme abortive

(due essentiellement à EHV-1)


Un avortement intervient sans signes prémonitoires (pas d’écoulements vulvaires, pas de montée laiteuse), le plus souvent en fin de gestation (9-11ème mois) mais pouvant survenir dès le 4ème mois. Le fœtus et le placenta sont expulsés sans difficultés, la jument n’est pas malade.


Une jument qui a avorté de rhinopneumonie n’est pas protégée contre les avortements les années suivantes.


Dans certains cas, le poulain naît, à terme et vivant, mais présente des difficultés respiratoires et meurt, le plus souvent dans les 3 jours. Ces poulains sont hautement contagieux pour les autres chevaux.

 

Forme nerveuse

(due essentiellement à EHV-1)


Des troubles nerveux variés, mais pas obligatoirement associés sur un même cheval apparaissent :

  •  troubles de la locomotion pouvant aller jusqu’à la paralysie,
  • paralysie du pénis,
  • absence de contractions de la vessie, etc…

 

Diagnostic et traitement

Lésions des poumons chez un avorton (congestion et nécrose), dues à la rhinopneumonie. (© Dr C. Laugier)

Diagnostic

> Technique de certitude : la recherche du virus se fait à partir de l’avorton (et du placenta parfois seul organe contaminé), ou d’un écouvillonnage nasal profond (forme respiratoire). Seuls certains laboratoires l’effectuent.

> Recherche d’anticorps (indiquant que l’animal a été en contact avec le virus) à partir d’une prise de sang (de la jument en cas d’avortement).

Cette technique est moins fiable du fait de l’interférence possible avec les anticorps produits chez les animaux vaccinés, et une seule analyse ne permet en général pas de conclure. Lors de suspicion d’infection récente, il faut rechercher une augmentation du taux d’anticorps dans 2 sérums prélevés à 15 jours d’intervalle.


Si l’infection est ancienne (jument avortant 3-4 mois après la contamination), les taux d’anticorps peuvent être redevenus faibles.

 

Demander si possible au laboratoire habilité de pratiquer la sérologie selon deux techniques, séroneutralisation et fixation du complément, pour avoir une image plus complète du statut sérologique vis-à-vis des anticorps précoces (fixation du complément) et plus tardifs (séroneutralisation).

 

Traitement

Il n’existe pas de traitement spécifique.

  • Forme respiratoire ou nerveuse : un traitement atténuant les symptômes peut être instauré.
  • Forme abortive : l’avortement n’est en général suivi d’aucun problème. Aucun traitement n’est donc nécessaire.
  • Il n’existe pas de « traitement préventif » pour éviter l’avortement lorsqu’une jument a été contaminée.

    Prévention

    Conduite de l’élevage

    > Séparer les poulinières des autres chevaux 

    • Poulains sevrés, et surtout chevaux en compétition ou en course (susceptibles de s’infecter à l’extérieur), pouliches sortant de l’entraînement.
    • Commencer le travail de la journée par les juments pleines, pour éviter de leur transmettre des virus provenant des autres animaux.
    • Mettre en quarantaine pendant 3 semaines les nouveaux arrivants (pas toujours possible en pratique).


    > Lors d’avortement ou de naissance de poulain faible, toujours penser à la possibilité de rhinopneumonie, même avant la confirmation par le laboratoire :

    • détruire la litière et désinfecter le boxe ou l’emplacement de pâture où il a été trouvé.
    • isoler la jument pendant 1 à 2 semaines, la soigner après les autres animaux et se désinfecter soigneusement ensuite (attention notamment si le poulain est vivant et nécessite des soins intensifs, c’est une source de contamination très importante pour les autres juments par l’intermédiaire du personnel).



    Nota :
    attention à la manipulation des avortons et des enveloppes fœtales.


    D’une manière générale, ne jamais laisser d’autres animaux s’en approcher (autres équidés, chiens …), même si le poulinage s’est bien déroulé et que le poulain est en bonne santé,


    L’examen doit toujours être réalisé avec des gants à usage unique. Après celui ci, placer les enveloppes dans un sac plastique fermé hermétiquement.

     

    Vaccination

    > Elle est obligatoire pour les étalons et poulinières Trotteur Français et les étalons Mérens : primo vaccination par 2 injections à 1 mois d’intervalle, rappel à 6 mois si possible, puis rappels annuels.


    En outre beaucoup de haras ne prennent en pension que les poulinières vaccinées.

    Recommandations :

    Il faut raisonner en terme de « prophylaxie de l’élevage » et non pas de « prophylaxie individuelle ».

     

    > Les vaccins actuels n’empêchent pas de façon certaine les avortements. Lors d’introduction du virus dans un effectif de poulinières, le pourcentage d’avortements est simplement plus faible si elles sont vaccinées que si elles ne le sont pas.

    Par contre une vaccination de tout l’effectif (poulinières, mais également souffleur, poulains, chevaux à l’entraînement, etc…) limite la circulation du virus et sa ré-excrétion chez les porteurs latents.


    Il est inutile d’« hypervacciner » les poulinières si les autres chevaux de l’élevage ne sont pas vaccinés.



    >
    80% des poulains se contaminent au haras avant l’age de 10 mois.



    >
    Tous les vaccins commercialisés en France incluent la valence EHV-1, certains ne comportent que cette valence (Pneuméquine®, Equiffa®), et un comporte les 2 valences EHV-1 et EHV-4 (Duvaxyn EHV 1.4® ) : sa protection contre la forme respiratoire serait donc supérieure (chevaux à l’entraînement, par exemple), mais la protection contre les avortements est identique.

     


    >
    Protocole vaccinal recommandé

    • Primovaccination : 2 injections à 1 mois d’intervalle et rappel si possible à 6 mois
    • Rappels annuels
    • Juments pleines : certains fabricants préconisent des rappels à 5, 7 et 9 mois de gestation (l’efficacité reste à démontrer).

     

    Voir aussi