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Auteurs: D. Votion
Màj Décembre 2010
La myopathie atypique est une maladie désormais bien présente en France et en Europe. Il est nécessaire de la connaitre afin d'adopter les bons gestes et attitudes pour prévenir son apparition. Cette page vous y aidera.

La myopathie atypique (MA), appelée aussi myoglobinurie atypique des chevaux au pré, est une maladie généralement fatale se caractérisant par une dégénérescence sévère de différents groupes musculaires, dont les muscles intervenant dans la respiration, la posture, ou encore le muscle cardiaque.
La MA frappe les équidés de toutes espèces (chevaux de trait, de selle, poneys, ânes et zèbres) séjournant en pâture la majeure partie de la journée.
La MA ne présente pas les caractéristiques d’une maladie contagieuse. Cependant, son apparition étant liée à des conditions environnementales particulières, plusieurs chevaux pâturant sur une même prairie peuvent être affectés simultanément. Les séries cliniques se déclarent essentiellement au printemps et en automne.
Récemment (2010), il a été montré que la MA était associée à la présence de la toxine létale de la bactérie Clostridium sordellii dans les fibres musculaires des chevaux atteints. Cette observation suggère que cette bactérie joue un rôle dans la pathogénie en tant que facteur létal et/ou initiateur.
La myopathie atypique est reconnue depuis 1984 en tant qu’entité affectant spécifiquement les équidés. Jusqu’alors, la maladie n’était apparue que sporadiquement.
A l’automne 1995, plus d’une centaine de chevaux sont morts de MA dans le nord de l’Allemagne où le syndrome n’avait jamais été diagnostiqué auparavant.
En Belgique, les premières épizooties importantes furent enregistrées au cours de l’arrière-saison dans les années 2000 et 2002.
A l’automne 2002, la MA était signalée pour la première fois dans le nord-est de la France. Depuis, elle est diagnostiquée dans un nombre croissant de pays européens.
Au cours de l’automne 2009, l’Europe était confrontée à la série clinique la plus importante jamais rencontrée :
371 cas de MA ont été recensés (figure 1b). Parmi ces chevaux, 265 sont décédés (taux de survie : 22%).
Les pays touchés furent : l’Irlande (2), la Belgique (64), la France (124), l’Allemagne (92), le Danemark (2), les Pays-Bas (19), la Suisse (30), le Royaume-Uni (35), le Luxembourg (2) et une origine non communiquée (1).
Les autres pays précédemment touchés sont l’Autriche, l’Espagne, l’Italie, la Lituanie et la Norvège.
Outre-Atlantique, la MA a été signalée aux Etats-Unis d’Amérique ainsi qu’au Canada.
Un diagnostic de présomption de MA est basé sur l’anamnèse (l’historique du cas), les signes cliniques, les résultats de laboratoire et ceux de l’examen post-mortem.
Le diagnostic définitif est établi à partir des résultats de l’examen histologique des muscles atteints (généralement, les muscles posturaux et respiratoires).
Les éléments les plus importants de l’anamnèse, des signes cliniques, des résultats de laboratoire et de l’examen post-mortem évoquant un diagnostic de MA sont repris ci-après. Il est à noter que ces éléments peuvent être présents en tout ou en partie.
Le diagnostic de myopathie atypique du cheval au pré sera exclu si le cheval est gardé au box.
Les séries cliniques se déclarent essentiellement à l’automne et dans une moindre mesure en hiver et au printemps. Elles sont liées à des conditions environnementales qui constituent des facteurs de risque liés :
Les mesures de prévention visent à limiter ces facteurs.
La collecte constante des informations épidémiologiques via le réseau AMAG (réseau d’alerte de la MA: voir paragraphe « recensement des cas ») permettra de redéfinir ces facteurs de risque ainsi que d’identifier des facteurs de prévention.
La MA sera présumée lorsque, chez un cheval séjournant la majeure partie du temps en prairie et n’ayant pas fourni d’exercice physique préalable, les signes cliniques suivants sont observés (en tout ou en partie) :
L’analyse sanguine révèle une augmentation massive des enzymes musculaires confirmant une rhabdomyolyse (destruction du muscle squelettique) sévère.
A ce titre, le dosage des enzymes musculaires est essentiel pour considérer l’existence d’une MA. L’activité de la créatine kinase (CK) dans le sang dépasse généralement la dizaine de milliers, peut atteindre les centaines de milliers, voire même dépasser les millions d’unités internationales (UI) par litre (taux normal : 50 – 200 UI/L).
L’interprétation d’une hausse modérée des CK (moins de 5.000 UI/L) est délicate car tout décubitus (position allongée) prolongé peut engendrer une rhabdomyolyse significative des muscles écrasés par la masse corporelle sans qu’une myopathie soit à l’origine des signes cliniques observés.
Souvent, de l'hypocalcémie, de l'hyperglycémie et de l’hyperlipémie sont présentes et les enzymes hépatiques sont augmentés. L'urine est colorée en raison de la myoglobinurie, qui devrait être différenciée de l'hématurie ou de l’hémoglobinurie.
A l’autopsie, des décolorations au niveau de certains groupes musculaires peuvent être observées (figure 3). Néanmoins, il n’est pas rare qu’aucune lésion macroscopique soit observée.
Le diagnostic définitif de MA est posé à partir de prélèvements musculaires effectués sur des muscles posturaux (éventuellement par biopsie, sur des chevaux vivants ; exemples : muscles de l’épaule) et respiratoires (exemples : diaphragme, muscles intercostaux).
Le diagnostic sera posé lorsque l’examen histologique des muscles révèle une dégénérescence musculaire multifocale (figure 4).
Légendes:
Figure 3 : Zone de décoloration observée dans un muscle postural à l’autopsie
Figure 4 : Lésions de dégénérescence musculaire induites par la myopathie atypique au niveau d’un muscle postural (muscle de l’épaule). Coloration à l’hématoxyline et à l’éosine ; Grossissement : x 200
La médication face à un cas de MA visera:
En 2005, un réseau d’alerte de la MA a été constitué : il s’agit de l’AMAG (pour Atypical Myopathy Alert Group, en anglais).
Ce groupe d’alerte initié par l’Université de Liège et géré par le Centre européen du Cheval (Belgique) rassemble les chercheurs et cliniciens européens confrontés à la problématique de la MA.
Depuis l’apparition des premiers cas français en 2002, le Réseau d’EpidémioSurveillance en Pathologie Equine (RESPE ; www.respe.net), participe au réseau européen.
Le groupe AMAG collecte les informations épidémiologiques et cliniques auprès des propriétaires de chevaux et des vétérinaires (de terrain, de cliniques privées et universitaires) et informe les professionnels de la filière équine lors de l’émergence de séries cliniques.
Ce travail est essentiellement géré via un site Internet (www.myopathieatypique.be) qui n'est malheureusement plus fonctionnel à ce jour. L'association "Vaincre la Myopathie Atypique Equine" (www.vmae.net) s'est constituée et soutien la lutte contre cette maladie.
Actuellement, il n’existe aucun traitement spécifique de la myopathie.
Si les recherches futures confirment le lien causal entre la MA et le Clostridium sordellii, une sérothérapie et/ ou une vaccination (prévention) pourront être envisagées. Néanmoins, le développement d’un vaccin spécifique nécessitera de longues années et d’ici là, la prévention est le meilleur outil de lutte contre la MA.
Les principales mesures de prévention (sur la base des facteurs de risque et de protection identifiés) concernent :