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Auteur : ANSES
Mars 2011



Une bonne connaissance des diarrhées du poulain, de leurs causes, de leurs symptômes, des traitements, des moyens de prévention peut permettre de limiter les sujets concernés. Cette page vous apportera ces précieuses informations, pour aider à mener au mieux votre élevage.

C’est l’émission de fèces trop liquides, trop fréquemment (plus de 3 fois par jour) et trop rapidement. Un épisode de diarrhée transitoire et modéré est classiquement observé chez le poulain de 7-12 jours (coïncide souvent avec les premières chaleurs de la jument). Cette diarrhée semble liée à des modifications de la flore digestive du poulain et il ne faut surtout pas la traiter (elle doit disparaître sans traitement en 24 à 48 h).
Les principales causes de diarrhées chez le jeune poulain avant sevrage sont : les virus, les bactéries, les parasites (helminthes, protozooaires), l’alimentation, les ulcères gastriques et l’administration d’antibiotiques.
Les mécanismes à l’origine d’une augmentation de la teneur en eau des féces comprennent :
La diarrhée, c’est un symptôme !
Elle résulte de deux phénomènes :
> une modification de la perméabilité de la paroi de l’intestin à cause d’une inflammation (appel d’eau dans la lumière intestinale)
> une accélération du transit intestinal
Si l’animal ne souffre pas de déshydratation, elle est utile pour éliminer plus rapidement un éventuel agent infectieux situé dans le tube digestif.

D’après les études publiées, les rotavirus constituent l’une des causes les plus fréquentes de diarrhées du poulain.
Les rotavirus sont des agents infectieux d’une grande contagiosité. Les poulains sont préférentiellement atteints avant l’âge de 3 mois. La diarrhée présente un aspect gris pâteux ou est très liquide. Les symptômes accompagnant la diarrhée ne sont pas très caractéristiques : abattement, perte d’appétit, douleurs abdominales, fièvre intermittente. Ces signes peuvent apparaître 12 à 24 h avant le début de la diarrhée. La diarrhée disparaît généralement en 3 ou 5 jours mais peut persister plus longtemps.
Les poulains les plus jeunes sont souvent les plus sévèrement atteints. Les virus sont hébergés par des chevaux adultes, des poulains porteurs sains ou des poulains malades (en phase d’incubation, de développement, ou de guérison de l’infection).
Le virus sera détecté dans les fèces des poulains malades, de 2 jours avant le début des symptômes cliniques, jusqu’à 6 jours après la guérison. Les fèces de poulains contaminés contiennent jusqu’à 106 particules infectantes par gramme. La transmission se fait par voie orale et la période d’incubation est de 18 à 24 h.
Ces virus sont résistants et sont susceptibles de persister dans l’environnement pendant au moins 9 mois. Cela explique qu’ils se maintiennent dans un élevage d’une saison de poulinage à l’autre si aucune mesure de désinfection n’est appliquée.
La rotavirose peut se développer de façon sporadique (diarrhée limitée à un ou deux poulains dans un même élevage) ou épizootique (grand nombre de poulains atteints dans un court laps de temps) dans un élevage.
La diarrhée résulte souvent d’une interaction entre : des facteurs propres à l’animal (statut immunitaire, âge…), des facteurs environnementaux (hygiène, logement, alimentation…) et des agents infectieux ou parasitaires.
Certaines diarrhées ne sont pas d’origine infectieuse :
Mais la plupart sont liées au développement de virus, de bactéries ou de parasites.
1-Identification précoce et isolement du malade
Bâtiment annexe, box individuel, petit paddock, jusqu’à 2 à 3 jours après l’arrêt de la diarrhée.
2-Description du problème
Un ou plusieurs poulains atteints ? Dans quel délai ? Âge du (des) malades ? État général (arrêt des tétées, abattement …) ? Contacts entre malades et autres poulains ?
Existence de facteurs prédisposants : transition alimentaire ? Stress (absence de la mère…), usage d’antibiotiques ?

3-Examen par votre vétérinaire
> État général du poulain, caractéristiques de la diarrhée
> Examen des autres appareils : diarrhée ou septicémie ? Mais… L’examen clinique permet rarement de savoir qui est l’agresseur !
> Examens complémentaires :
Les bons réflexes…
Le traitement vise à :
1-Compenser les pertes
Diarrhée = perte d’eau + électrolytes, DONC LAISSEZ-LES BOIRE !
2-Lutter contre l’inflammation de l’intestin
3-Lutter contre l’agresseur
Rotavirus (vaccination non encore disponible en France), bactéries (antibiotiques adaptés), parasites (vermifuges adaptés)
Attention au déséquilibre de la flore intestinale
4-Rétablir la flore (probiotiques)
Apport de bactéries non pathogènes : compétition biologique
Attention aux modificateurs du transit : risque de concentration infectieuse !

1-Améliorer la qualité du colostrum
Augmenter naturellement la production d’anticorps (AC) des poulinières, en les plaçant dans leur environnement de poulinage 1 mois avant celui-ci afin qu’elles puissent réagir vis-à-vis du microbisme ambiant.
Augmenter la production d’AC par la vaccination, 3, 2 et 1 mois avant le poulinage (vaccin rotavirus non encore disponible en France).
2-Limiter les agressions à la naissance
Bien nettoyer et désinfecter la mamelle juste après le poulinage.
3-Vérifier le transfert d’immunité de la mère au poulain
Le poulain naît sans défense immunitaire. Le colostrum de la jument (1er lait) contient les anticorps (immunoglobulines), nécessaires au poulain nouveau-né, pour lutter contre les infections et lui assure une protection pendant 2 mois.
Plus la tétée sera précoce après la naissance, plus le transfert d’anticorps sera efficace.

> Évaluer la qualité du colostrum
La concentration en anticorps doit être supérieure à 60 g/L dans le colostrum. Le dosage s’effectue facilement dès la naissance à l’aide du colotest. Pour un colostrum inférieur à 40 g/L, le poulain n’a que 3 chances sur 10 d’être bien immunisé. Veillez donc à le complémenter (banque).
> Surveiller la prise de colostrum
Donner systématiquement un biberon (250 ml) de colostrum de la mère, avant la levée du poulain apporte une défense avant toute contamination.
Au minimum, s’assurer de la tétée dans les 6 heures qui suivent la naissance.
> Vérifier le transfert des AC, de la mère au poulain
À 12 h ou plus, on peut effectuer un dosage des AC (IgG) dans le sang du poulain. Il existe un test simple et rapide qui peut être fait par votre vétérinaire (en deçà de 4 g/L, il est conseillé de réaliser une plasma thérapie).
4 Constituer une banque de colostrum
Au delà de 60 g/L d’anticorps dans le colostrum, on peut le conserver au congélateur, pour constituer une réserve en cas de déficit chez d’autres juments. Vous pouvez traire ¼ de litre après la 1ère tétée et dans les 4 heures après la mise bas, puis le filtrer et le conserver à -20°C pendant 1 an.
Pour les poulains immunodéprimés, décongeler le colostrum à 35°C maximum (pas de micro-ondes, ni de bain marie) et le donner en prise de 250 ml (toutes les heures !, de 0 à 18 h de vie).
Les diarrhées dues à des surinfections bactériennnes ou virales peuvent résulter d’une infestation parasitaire ou d’une vermifugation trop répétée. Celle-ci peut, chez le poulain, nuire à l’équilibre de la flore intestinale. Le poulain naît indemne de parasite, mais il peut se contaminer plus ou moins vite selon la pression parasitaire de son lieu de vie.

1-Prévenir le développement des parasites : bien connaître pour bien prévenir !
> Poulains et parasites : principaux helminthes concernés.
Parascaris equorum est le principal parasite pouvant infester précocement le poulain.
Le poulain ingère les œufs de Parascaris dans les prairies en mangeant de l’herbe (les vers sont adultes vers 3 à 4 mois). Les poulains peuvent être contaminés par les autres vers (les plus fréquents : petits et grands strongles) dans le box de poulinage (coprophragie) par les crottins contaminés de la mère. Les vers sont adultes 3 à 6 mois plus tard.
Pour prévenir le développement des parasites, il faut couper leur cycle biologique. Le moyen le plus sûr est le ramassage des crottins (box et herbage).
2-Adopter une vermifugation raisonnée
Penser à diminuer la première source de contamination en traitant la mère quelques jours avant d’entrer dans le box de poulinage.
> Poulains et vermifuges : conduite à tenir.
Effectuer dès 3 mois une analyse des crottins : si présence d’œufs de Parascaris : traiter le poulain, sinon refaire une analyse un mois et demi plus tard : si présence traiter à nouveau sinon refaire un nouveau prélèvement au sevrage.
Si aucun œuf n’est mis en évidence : traiter au moment du sevrage (pour Parascaris, les petits et grands strongles).

3-Bien gérer la mise à l’herbe
Éviter la surcharge qui entraîne le surpâturage et augmente la concentration parasitaire et infectieuse sur l’élevage.
Attention aux points d’eau ! Éviter de faire communiquer les abreuvoirs ou points d’eau entre plusieurs parcelles.
Ce sont des facteurs de contamination importants. En cas de diarrhées sur un même lot de poulains, penser à faire analyser l’eau.
> Amendement et traitements :
trop souvent les herbages chevaux sont exempts de traitement phytosanitaires appropriés (appauvrissement du sol et de la flore). Il est recommandé de veiller à l’apport de fond (P, K) ainsi qu’à l’apport d’azote et de calcaire et de favoriser l’équilibre légumineuses/graminées.

1-Réduire les contaminations dans l’environnement
La qualité du nettoyage est importante.
Un curage total du logement avant chaque poulinage et 1 fois par semaine.
Laver efficacement les murs, le sol (insister sur le centre du box et sous les abreuvoirs), les mangeoires et le matériel de distribution des aliments avec une solution de soude à 3% ou du savon mou. Les nettoyeurs haute pression sont très efficaces pour un bon lavage. Pour la destruction des parasites : 1 fois par an, jet d’eau à 120°C à la sortie de la lance, sous pression (20 à 30 b.).
Le désinfectant doit être adapté aux agents infectieux (tableau non exhaustif). Préférer le pulvérisateur à l’arrosoir qui permettra une bonne répartition et une bonne imprégnation du produit sur toutes les surfaces (sol, murs, plafond, auge …), ne pas rincer et attendre le séchage complet des parois.
Attention, le port de masque, lunettes et gants est indispensable.
2-Éliminer régulièrement les crottins
Dans les boxes et les herbages (la coprophagie est une voie importante de contamination).
3-Éviter la surpopulation et les mouvements d’animaux en période de poulinage.
Laisser les poulains dans l’élevage lors des saillies.
Ne pas introduire de nouveaux couples mère-poulain dans un lot déjà formé.
4-Observer une quarantaine
Environ 15 jours pour les poulinières arrivant d’autres élevages.
Objectif : Un box spécifique à un couple mère-poulain, bien ventilé, propre (curé et désinfecté régulièrement).
Cette page est issue d'une plaquette et d'une étude réalisées par l’AFSSA (ANSES) Dozulé (Dr C. Moussu, A. Saison) en collaboration avec le laboratoire Frank Duncombe, l’école nationale vétérinaire d’Alfort, l’Institut Pasteur et Dr P. Ciantar et grâce au soutien financier du Conseil Général du Calvados, du Conseil Régional de Basse-Normandie, de l’Europe (fonds FEOGA) et des Haras nationaux (IFCE).
La plaquette est disponible en téléchargement gratuit à la librairie des Haras nationaux, accessible en cliquant ICI.