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Comment entretenir son vieux cheval

Niveau de technicité : 

Auteurs : P. Doligez, L. Marnay

Mai 2014
 

Depuis une quinzaine d'années, le nombre de vieux chevaux augmente. En effet, le cheval souvent devenu animal de compagnie vit plus longtemps. Les propriétaires ont davantage recours aux avancées de la médecine vétérinaire augmentant  l'espérance de vie des chevaux. Lorsqu'il vieillit, le cheval demande des soins spécifiques et sera plus sensible aux affections dentaires, digestives et ostéo-articulaires. Une prophylaxie, une alimentation et des soins aux pieds adaptés sont nécessaires à travers un entretien régulier.

A partir de quel âge le cheval est vieux ?

 

Selon les auteurs, le cheval est considéré âgé à partir 15 ans alors que d'autres parlent d'un début de vieillesse vers 20 ans. L'espérance de vie des poneys et des ânes est plus élevée que celle des chevaux (25 ans en moyenne). On peut rencontrer des poneys et des ânes de plus de 30 à 35 ans.

 

Selon Dornier (IFCE, 2010), 24% des chevaux et 25% des poneys sont âgés de plus de 15 ans et 6 à 7% ont plus de 20 ans.

Une enquête (Trillaud Geyl, Equ'idée n°75, 2011) a été menée en 2010 sur un effectif de 204 chevaux âgés de 15 à 45 ans, hébergés principalement dans des structures spécialisées dans l'accueil de vieux chevaux. Les principales pathologies spécifiques au cheval âgé enregistrées dans cette enquête, sont dans 25 % des cas d'arthrose,  d'emphysème (7%), puis des maladies naviculaires de chevaux au passé sportif (5%), et dans 3 % des cas des problèmes liés à la dermite estivale et l'hirsutisme (Cushing).

Un système immunitaire moins efficace

 

Le cheval âgé présente en général une plus grande sensibilité aux affections, aux maladies auto-immunes et aux affections tumorales.

 

 
Après vaccination, les vieux chevaux peuvent présenter une concentration en anticorps plus élevée comparé à des jeunes chevaux, ayant été vaccinés antérieurement, mais la réaction immunitaire est diminuée avec l'âge. Les vieux chevaux vaccinés sont donc plus sensibles à l'infection que les autres, mais d'autres facteurs pourraient jouer sur la réponse immunitaire comme l'état de santé, la charge parasitaire ou le régime alimentaire.

 

 

Conseil pratique

 

Il est recommandé d'augmenter la fréquence des rappels de vaccinations :

  • un rappel annuel anti-tétanique
     
  • un rappel tous les 6 mois anti-grippe (en fonction du mode de vie et contact avec d'autres chevaux).

Une infestation parasitaire plus limitée

 

Quelques travaux ont permis d'étudier l'infestation parasitaire de vieux chevaux comparés à des groupes de jeunes chevaux. Il apparaît que les vieux chevaux exposés aux strongles et aux parascaris développent une résistance immunitaire avec l'âge et présentent en général des niveaux d'infestation parasitaire plus faibles que les jeunes. En revanche, il a été montré que les chevaux atteints du syndrome de Cushing présentaient une infestation parasitaire plus importante.

 

 

Conseil pratique

 
Il est nécessaire de maintenir une vermifugation régulière en fonction des résultats de coproscopies (comptage d'oeufs dans les fèces).

Un système nerveux diminué

 

Des lésions cérébrales au cours de l'âge avancé pourraient induire une diminution des réflexes, une altération des sens (goût, odorat), des troubles de l'équilibre, voire une faiblesse généralisée qu'il faudra différencier d'un état maladif.

Des anomalies et problèmes dentaires plus fréquents

 

D'après certaines études sur l'entretien des vieux chevaux, 20 % d'entre eux ne bénéficient d'aucun contrôle de la table dentaire, 41 % présentent des anomalies et 30 % n'ont pas été examinés par un vétérinaire depuis plus d'un an.
Le vieux cheval est plus sujet au problème de dents du fait de  la croissance et l'usure continus tout au long de la vie de l'animal. La table dentaire peut paraître en parfait état même à 30 ans chez certains chevaux alors que d'autres présentent des dégradations notoires dès l'âge de 15 ans. Les soins réguliers, le régime alimentaire et des maladies dégénératives (Cushing) sont des facteurs corrélés à l'état de la dentition.


Les dents des chevaux âgés sont caractérisées par la perte de l'émail et le recouvrement de cément, provoquant des crêtes et arêtes coupantes en périphérie.
L'angulation excessive et l'hypercémentation provoquent des déviations et des déchaussements à l'origine de douleurs lors de la préhension alimentaire.

 

Conseil pratique

 

Un suivi régulier de la dentition par le vétérinaire ou le dentiste fait partie de la prophylaxie annuelle nécessaire à l'entretien du vieux cheval.

Une alimentation spécifique pour le vieux cheval

 

Etat corporel


Dans le cadre de l'enquête menée sur les vieux chevaux, les gestionnaires de ces chevaux n'observent pas de différence d'état corporel entre les chevaux de 15-20 ans et ceux de 30 ans. Par contre au-delà de 30 ans, alors que les animaux conservent une avant-main quasi normale, ils présentent une « fonte musculaire » importante au niveau du dos et de l'arrière-main. Le syndrome de Cushing (voir  « Syndrome de Cushing ») causé par un dérèglement hormonal (hypercortisolémie) conduit à un amaigrissement et à l'hirsutisme.

 
A l'inverse, le syndrome métabolique équin (SME), dû aussi à un désordre endocrinien conduit à un état d'obésité générale ou régionale (dépôts adipeux au niveau de l'encolure, la base de la queue, au niveau du fourreau ou de la mamelle) et à des crises de fourbures.

 
D'une manière générale, en vieillissant le cheval a tendance à perdre du poids notamment à cause d'une dégradation des performances d'ingestion et de digestion des aliments. Le vieux cheval peut avoir mal aux dents ou présenter des surdents ou caries qui entravent la bonne mastication.

 
La digestibilité de certains nutriments (protéines, phosphore) baisseraient avec l'âge selon certains auteurs. De plus la capacité d'absorption des nutriments est diminuée et pourrait ne plus couvrir la totalité des besoins. L'élimination des déchets et le métabolisme des nutriments sont aussi altérés par une baisse d'activité du foie et des reins.

Rationnement

La ration sera composée de fourrages et d'aliments concentrés (10%) même avec une activité physique limitée. Le taux de cellulose de la ration doit être de 20% minimum. Le fourrage devra être appètent et sans poussière. On pourra privilégier l'utilisation d'ensilages mi-fanés et des foins récoltés à un stade début épiaison, car ils sont plus digestibles.

 
Il conviendra d'apporter une alimentation riche en protéines, notamment en lysine et thréonine (tourteau soja, luzerne). Il faudra aussi limiter l'apport d'aliments riches en amidon notamment pour les chevaux insulino-résistants (atteints de Cushing ou du syndrome métabolique équin (SME)), sujets aux fourbures chroniques. Ainsi la luzerne, le son de riz ou de blé, la pulpe de betterave, ont un index glycémique beaucoup plus réduit (moins d'amidon) que le maïs, l'avoine ou l'orge. L'huile peut apporter 2 fois plus d'énergie que les céréales sans apporter d'amidon.

 
L'équilibre en minéraux et oligo-minéraux n'est pas à modifier par rapport aux autres chevaux, mais la supplémentation en Vitamine C ou E permettrait d'améliorer la réponse vaccinale. D'autres Vitamines A, E, C et certains oligo-éléments auraient un effet anti-oxydant, limitant ainsi le vieillissement des tissus.


Distribution

Au sein d'un groupe, le vieux cheval est souvent dominé par les plus jeunes lors de la distribution de nourriture. Il faudra veiller à le mettre à l'écart pour qu'il ait accès à sa ration et laisser suffisamment de place disponible pour l'accès aux fourrages.

 
On pourra ajuster la hauteur de la mangeoire pour faciliter la préhension des aliments (concentrés et fourrages), notamment pour des chevaux qui souffriraient de maux de dos ou de pieds, limitant ainsi l'abaissement de l'encolure et la surcharge des membres antérieurs. On privilégiera plutôt la distribution de petits repas fréquents de concentrés tout en garantissant l'accès au fourrage à volonté.

 
Si le cheval a du mal à mâcher, on pourra hacher le foin et lui apporter des concentrés présentés sous forme de barbotages, de soupe ou de bouchons mous ou des aliments extrudés plutôt que des bouchons durs et secs.

 

Soins aux pieds

 

Affections des pieds


La qualité et la bonne santé des pieds du vieux cheval, passant sa retraite souvent au pré, va principalement dépendre des apports alimentaires (pâture, fourrages et concentrés) auxquels il a accès.

Les problèmes de pied des vieux chevaux sont identiques aux chevaux restant au pré toute l'année. En effet, le pied n'est pas imperméable et se déforme en fonction de l'hygrométrie de l'environnement, notamment au niveau des quartiers et des talons du pied. Les pieds ont tendance à devenir cassants et évasés, avec une fourchette pourrie et une sole friable.

Des affections  sont fréquentes comme l'abcès, la fourmilière et  la seime . La fourbure dont les causes sont multifactorielles (voir Avancées de la recherche sur la fourbure) est souvent liée au fait de supporter un poids excessif (obésité) lorsque le cheval est maintenu dans des pâtures riches et abondantes.

Ferré ou déferré ?


Le vieux cheval est maintenu dans la plupart des cas déferré. Néanmoins pour des chevaux qui ont été travaillés et ferrés toute leur vie, il faudra être attentif à l'évolution de ses pieds lors du premier déferrage et adopter une période de transition pour éduquer le sabot à se maintenir déferré.

Si les pieds s'avèrent trop fragiles (problèmes de locomotion, boiterie), une ferrure légère et adaptée apportera plus de confort notamment aux membres antérieurs.

Lorsque cela est possible, les membres postérieurs seront le plus souvent déferrés, assurant une sécurité pour la vie en groupe (limiter les coups de pieds ferrés).

Conseil d'entretien :


Surveiller la déformation des pieds pour agir avant d'aboutir à des situations irréversibles en prévoyant un parage régulier tous les 2 mois par un maréchal-ferrant.

 

  • Par temps très humide: Assécher le pied avec du goudron de Norvège lorsque le temps est très humide (sur la fourchette et la sole)

 

  • Par temps très sec : Appliquer des produits à base d'huile de lin, de laurier ou huile de pied de bœuf pour réhydrater la corne

 
En hiver il est souhaitable de donner accès à des surfaces stabilisés plus au sec, évitant ainsi de faire patauger les chevaux en permanence dans la boue.

Problèmes locomoteurs

 

A partir de 15 ans, souvent les premiers signes de raideurs et de boiteries chez le cheval apparaissent. Les pathologies ostéo-articulaires ou arthrose chez le vieux cheval sont la conséquence de perte d'élasticité tendineuse ou ligamentaire et de dégénérescence des tissus. Les signes sont souvent un engorgement des membres, une diminution de la flexion et une sensation de douleurs sur une articulation.  

 
De même, comme pour l'homme, l'ostéoporose peut provoquer des fractures spontanées.

 

 
Conseil d'entretien :

 

Un contrôle annuel de l'état général du vieux cheval par une visite vétérinaire est conseillé. Le vétérinaire sera aussi consulté en cas de boiterie ou problèmes de déplacement du cheval.

Problèmes respiratoires

 

Les affections respiratoires profondes appelées « pousse » ou emphysème sont fréquentes chez le cheval âgé qui a souvent passé une partie de sa vie en box, l'exposant à un environnement confiné et souvent poussiéreux. Il s'agit d'une inflammation chronique des petites bronches avec production de mucus moins fluide (jetage nasal) et un bronchospasme. Le cheval accentue sa respiration, en dilatant les naseaux et avec des mouvements des côtes et de l'anus plus importants. Il n'existe pas vraiment de traitement curatif de cette maladie irréversible, liée à une hypersensibilité des bronches aux particules de poussière acquise aux cours des années de vie passées en box.

 
Conseil pratique :

 
Maintenir le vieux cheval dans un environnement aéré sans poussière (changement de litière et/ou fourrage, maintien à l'extérieur).
Consulter le vétérinaire en cas de crise de pousse. Des traitements anti-inflammatoires pourront soulager l'animal.

Conseil d'entretien au cours des saisons

 

Au Printemps

 

L'abondance d'une herbe jeune et riche peut entraîner à l'obésité, voire la fourbure.  Penser à diviser les parcelles, le vieux cheval n'a pas besoin d'un grand espace pour galoper. Il faudra surveiller son état d'embonpoint régulièrement pour éviter les fourbures chroniques.

 

En été

 
Les vieux chevaux ont des yeux plus sensibles aux insectes. Appliquer des masques ou bonnets anti-mouches qui les soulageront. Un abri ou des zones ombragées dans la parcelle permettent aux chevaux de se protéger des insectes piqueurs.
 

Hiver

 
Les chevaux rustiques n'ont pas forcément besoin de couverture, surtout si leur état corporel est satisfaisant. En revanche, ceux qui font peu de poils ou qui ont tendance à perdre de l'état pourront être couverts et/ou rentrés au box la nuit.

 


Abri

 
L''abri de pré est une bonne solution pour distribuer le fourrage au sec, et pour nourrir à l'abri des intempéries.
D'une manière générale, les chevaux utiliseront davantage l'abri l'été (insectes) que l'hiver (froid). L'abri sera davantage utilisé s'il est orienté de manière à ce que les chevaux puissent avoir une champ de vision globale de leur environnement (cheval regardant au loin, cheval en vigilance. (voir La communication chez le cheval).

Eau à volonté

 
Enfin, il faudra fournir aux vieux chevaux comme aux autres une eau propre en permanence. Il sera souhaitable pour les vieux chevaux d'en faciliter l'accès pour leur éviter des déplacements longs et difficiles dans la boue.

Cheval au pré

 
Surveiller les chevaux en général par une visite quotidienne permettant de déceler le moindre problème (contrôle de l'état général, l'attitude, les pieds, les membres, les yeux, aspect des crottins...).
Ne laisser pas le cheval seul dans un pré. Les vieux ont aussi besoin de relations et contacts sociaux avec d'autres chevaux.

Choix de l'euthanasie

 

Selon une étude anglaise, 94% des chevaux âgés de plus de 15 ans ont été euthanasiés après décision de leur propriétaire. D'autre part, (données ECUS 2011) en France, la population des chevaux équarris (transférés à l'équarrissage) était représenté par 33 % de chevaux âgés de 11 à 20 ans et 33 % âgés de plus de 21 ans.


Les actes d’euthanasie sont souvent liés à des situations critiques telles qu'une maladie chronique, la difficulté à manger, se déplacer ou se relever, un état de maigreur extrême.


Le vétérinaire accompagne le propriétaire pour qui la mort de son cheval représente une forte charge émotionnelle, l'objectif étant de privilégier le bien-être et de limiter la souffrance de chevaux trop atteints. Le vétérinaire procédera la plupart du temps pour éviter les souffrances au moment de l'acte, à la sédation dans un premier temps avant de lui injecter le produit euthanasiant.

Conclusion

 

Plus sensible, le cheval âgé requiert une attention particulière. Une visite vétérinaire une à deux fois par an permettra de contrôler l'état physiologique de l'animal et d'éventuels signes de maladies. Un suivi journalier de son état de santé est nécessaire.

 
La vaccination, la vermifugation, les soins dentaires et de maréchalerie font partie des soins préventifs incontournables (comme pour les autres chevaux) pour assurer santé et confort dans les dernières années de vie.

Références bibliographiques 

 

BAUP B., DOFFEMONT P., 2013. La gestion du pied du cheval âgé : les points de vue du maréchal-ferrant et du vétérinaire. Pratique Vétérinaire Equine, N° spécial Gérontologie des équidés, volume 45, p 32-41.

 
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CHUIT P, GAUCHOT J.Y., 2013. Les soins dentaires chez l'équidé âgé. Pratique Vétérinaire Equine, N° spécial Gérontologie des équidés, volume 45, p 24-30.

 
LENORMAND M., Affections locomotrices du cheval âgé. Pratique Vétérinaire Equine, N° spécial Gérontologie des équidés, volume 45, p 66-73.

 
MARTIN ROSSET W, coord, 2012. Nutrition et alimentation des chevaux. Nouvelles recommandations alimentaires de l'INRA.  Edition QUAE, 620p.

 
PILLINER S., Care of the older horse, 1999. Allen Photographic Guides, Guide N°22,  British Library, 23p.

 
PRADIER S., 2013. Les conséquences pratiques et physiologiques du vieillissement chez le cheval. Pratique Vétérinaire Equine, N° spécial Gérontologie des équidés, volume 45, p10-17.

 
PRIYMENKO N., 2013. L'alimentation du cheval âgé. Pratique Vétérinaire Equine, N° spécial Gérontologie des équidés, volume 45, p 42-47.

 
PV., 2013. Prévention adaptée à l'immunosénescence et gestion au quotidien des affections et difficultés les plus courantes.  Pratique Vétérinaire Equine, N° spécial Gérontologie des équidés, volume 45, p 18-23.

 
TRILLAUD-GEYL C., 2011. L'alimentation du vieux cheval : enquête de terrain. Equ'idée n°75 été 2011- Edition Les Haras nationaux, p 31-33.

Voir aussi

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