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Importance des mesures sanitaires et des pratiques d'élevage dans le contrôle du parasitisme

Niveau de technicité : 

Auteurs : M. Delerue, Ifce

Septembre 2016

 

 

90 % des éléments parasitaires (œufs, larves ou parasites adultes) se trouvent dans l'environnement (boxes, pâture, paddocks) contre seulement 10 % dans l'organisme des chevaux. Les mesures sanitaires prises pour réduire la contamination du milieu extérieur ont donc un intérêt majeur, bien supérieur à celui de la vermifugation. Les études scientifiques sont cependant encore peu nombreuses dans ce domaine. Du fait du problème actuel d'émergence de résistances aux vermifuges il est important de reconsidérer l'importance de ces méthodes. Elles permettent, en effet, de diminuer la fréquence d'utilisation des vermifuges et donc d'agir contre l'apparition de nouvelles résistances.

Chez les chevaux

Contrôle des oxyures

Les femelles d'oxyures pondent des œufs qui sont englués dans un gel et se retrouvent aux marges de l'anus. Ce gel provoquant des démangeaisons, les chevaux disséminent les larves contre les murs, les mangeoires et les abreuvoirs en se grattant l'arrière-train. Le nettoyage de la zone péri-anale avec du matériel jetable permet de retirer ces œufs et de diminuer la contamination de l'environnement. Cette pratique est intéressante chez les chevaux au boxe, l'infestation des chevaux vivant au pré étant plus rare. 

 

Contrôle des gastérophiles

En été, les femelles de gastérophiles (mouches) pondent des œufs jaunâtres sur les poils des chevaux, notamment en regard des membres. Ces œufs sont ensuite ingérés par les chevaux en se grattant ou se léchant. Pour éviter l'infestation des chevaux, il peut être utile de tondre les zones infestées avant que le cheval ne se lèche. 

illustration : Oeufs de gastérophiles
 groupés en amas sur la face interne du membre d'un cheval
© M. Delerue, Ifce

Dans les locaux

L'hygiène des locaux a un impact majeur sur la contamination par : 

  • les oxyures  : les œufs sont disséminés par les chevaux suite au grattage, 

  • les ascaris : les œufs sont entourés d'une coque épaisse et sont très résistants dans le milieu extérieur. 

 

Illustration : Oeuf d'ascaris
© Anses, laboratoire de parasitologie équine

 

 

En revanche, les écuries sont peu favorables au développement des larves de strongles.
Une bonne hygiène des locaux implique les actions suivantes : 

  • un entretien régulier des litières avec dans l'idéal un retrait quotidien des crottins et un curage des boxes 2 fois par semaine ; 

  • un  nettoyage régulier des boxes (murs et sols) mais aussi des divers supports (abreuvoirs et mangeoires) afin d'enlever les matières organiques et rendant la désinfection ultérieure plus efficace. Il a été montré que le nettoyage à l'eau chaude (> 60°C) permet d'inactiver les œufs d'ascaris, particulièrement résistants dans l'environnement. Cette méthode est donc très intéressante dans les boxes abritant des poulains ou des jeunes chevaux ;
     
  • une désinfection à l'aide de désinfectants usuels pour éliminer les œufs d'oxyures (grande résistance des œufs d'ascaris).

Dans les pâtures et les paddocks

Les mesures de lutte concernent plus particulièrement les petits strongles, les ascaris et les ténias.

Favoriser les pâtures les plus saines pour les animaux les plus sensibles 

Les jeunes chevaux (< 3 ans) et particulièrement les poulains sont beaucoup plus sensibles au parasitisme que les chevaux adultes. Il est important de favoriser le pâturage par classe d'âge :

  • poulinières suitées et poulains
  • poulains sevrés
  • yearlings
  • jeunes chevaux de moins de 3 ans
  • adultes.

En effet, chaque lot est soumis à un contrôle parasitaire particulier. Cette constitution en lots permet également de réserver aux populations sensibles les pâtures les moins contaminées, par exemple une pâture utilisée pour la fauche. Chez les ruminants, il est possible de déterminer le niveau de contamination d'une parcelle grâce à des prélèvements d'herbe sur la pâture. Ces résultats ne sont cependant pas disponibles chez les chevaux. Certaines bonnes pratiques, comme le ramassage des crottins, doivent être réalisées en première instance dans les pâtures des poulains. 

De plus, les œufs d'ascaris peuvent résister plusieurs années sur les pâtures et s'accumulent d'année en année. Il est donc important de ne pas utiliser chaque année la même pâture pour les poulains.

Ramasser les crottins

Le ramassage régulier des crottins semble être la méthode la plus efficace pour contrôler la réinfestation des chevaux. Pour être efficace, le rythme idéal est de 2 fois par semaine : en effet, dans des conditions climatiques optimales, les œufs de petits strongles se transforment en larves infestantes en 3/4 jours.  

Cette méthode est cependant exigeante en personnel et temps de travail et n'est pas possible dans tout type d'exploitation. Pour les grandes exploitations, des aspirateurs à crottins sont désormais disponibles sur le marché et ont prouvé leur efficacité. Si cette pratique ne peut être réalisée dans l'ensemble des pâtures, son utilisation peut être favorisée surles petites surfaces (petits paddocks de détente, en particulier ceux hébergeant des poulains), souvent fortement contaminées du fait du sur-pâturage important.

Favoriser le pâturage alterné avec des ruminants

Le pâturage alterné avec des ruminants permet de réduire la contamination des pâtures en raison de la spécificité des parasites des ruminants et des équidés. S'ils sont ingérés par des ruminants, la majorité des parasites des équidés ne sont pas capables de terminer leur cycle dans l'organisme des ruminants. Il n'y pas donc pas de ponte d'œufs. Le pâturage alterné permet donc de réduire la contamination des pâtures par les ascaris, les petits strongles et les ténias, principaux parasites pathogènes chez le cheval. Deux parasites sont cependant communs aux équidés et ruminants : la grande douve (Fasciola hepatica) et un strongle (Trichostrongylus axei). Le pâturage alterné favorise donc l'infestation des chevaux par ces 2 parasites mais ils sont peu pathogènes chez le cheval.

Le pâturage mixte simultané semble être moins efficace car les bovins broutent la partie supérieure de l'herbe, rendant accessible la partie profonde, plus contaminée, aux chevaux.

Raisonner les traitements des pâtures  

Le fauchage, le broyage et le hersage privent les larves de leur abri végétal et les exposent aux rayons UV et à la dessiccation qui réduisent leur survie. Ces techniques réduisent donc la contamination des pâtures lors de temps sec et chaud. Elles contribuent cependant à disséminer les larves (localisées dans ou à proximité des crottins) sur toute la pâture. Les pâtures doivent donc être mises au repos quelques semaines avant de remettre les chevaux. De plus, ces traitements sont contre-indiqués par temps humide car l'effet de dissémination des larves ne sera pas accompagné de leur destruction.

Eviter le changement de pâture après chaque traitement

Il a été souvent conseillé de mettre les chevaux sur une pâture peu contaminée après traitement. Cette règle est en effet intéressante lorsqu'il n' y a pas de résistance dans l'exploitation : le parasitisme se développe alors à bas bruit. Lors de résistance, ce changement de pâture doit être évité. Les jours suivant la vermifugation, les chevaux excrètent uniquement des œufs et des parasites résistants. La nouvelle pâture risque d'être colonisée, quasi-exclusivement, par des vers résistants. Au contraire, si les chevaux restent sur la même pâture, les parasites résistants sont dilués au sein d'une population de vers sensibles déjà présente. 

Du fait de l'importance croissante des résistances, il est préférable : 

  • de rentrer les chevaux au boxe, après vermifugation, pendant 3 jours pour limiter la contamination des pâtures ;
  • ou laisser les chevaux sur la même pâture.

Eviter le sur-pâturage

Si la quantité d’herbe disponible est suffisante, les chevaux distinguent des zones de défécation (où ils ne s’alimentent pas) et des zones de pacage (où ils s’alimentent). Les zones de défécation renferment 15 fois plus de larves que les aires de pacage. Au contraire, lors de sur-pâturage, les chevaux s’alimentent à proximité des zones de défécation et s'infestent donc plus abondamment. 

Les petits paddocks de détente sont particulièrement sujets au sur-pâturage et à une contamination importante. Le ramassage des crottins y semble donc particulièrement intéressant. 

 

 

Favoriser la mise au repos des pâtures

Quelques semaines de temps chaud et sec suffisent à la destruction des larves de strongles. Au contraire, elles survivent à plusieurs mois d’hiver. Dans ce cadre, l'alternance entre le pâturage et la fauche ou la culture est particulièrement intéressante.

Raisonner l'épandage de fumier

En plus des ses intérêt agricoles, le compostage du fumier (avec le maintien d’une température interne > 40°C pendant 2 semaines) entraîne la destruction des parasites, y compris des œufs d’ascaris, très résistants. Il faut donc veiller à n'épandre sur les parcelles que du fumier composté. L'épandage de fumier non traité favorise au contraire la contamination des pâtures. 

Diminuer l'humidité des pâtures 

L’humidité est favorable à la survie des larves et constitue le milieu de vie des hôtes intermédiaires des ténias. Il est donc préférable de : 

  • drainer les pâtures humides,

  • empêcher l’accès aux zones inondées d’une parcelle. 

Conclusions 

En raison du développement des résistances aux anti-parasitaires, ces mesures externes devraient être mises en œuvre dès maintenant dans les exploitations afin de diminuer l'utilisation des vermifuges. Elles sont notamment utiles pour diminuer la contamination des pâtures hébergeant des poulains et des jeunes chevaux. 

Références

Cabaret J., "Gestion durable des strongyloses chez le cheval à l'herbe : réduire le niveau d'infestation tout en limitant le risque de résistance aux anthelminthiques", Fourrages, 2011, 215-220

Corbett C.J., Love S., Moore A. et coll., "The effectiveness of faecal removal methods of pasture management to control the cyathostomin burden of donkeys", Parasites and vectors, 2014, 7, 48

Gould J.C., Rossano M.G., Lawrence L.M. et coll., "The effect of windrow composting on the viability of Parascaris equorum eggs", Veterinary parasitology, 2013, 191, 73-80

Laugier C., "Place des mesures sanitaires et des pratiques d'élevage dans les programmes de contrôle durable des infestations parasitaires digestives des équidés", Le Nouveau Praticien Vétérinaire Equine, 2015, 11, 29-33

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  • Nutrition et alimentation des chevaux
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