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Résistance des parasites digestifs aux vermifuges

Niveau de technicité : 

Auteur : M. Delerue,  Ifce, G. Sallé, Inra

MàJ : Octobre 2016

 

 

La résistance se définit comme la capacité des parasites à survivre à un traitement qui est généralement efficace contre la même espèce et le même stade de parasite. La résistance des parasites vis-à-vis des vermifuges est aujourd'hui considérée comme une préoccupation majeure en médecine équine. Les vermifuges doivent donc être prescrits de façon raisonnée, c'est à dire en maintenant leur efficacité et en prévenant autant que possible le développement des résistances. Cette résistance n'est pas individuelle mais concerne l'ensemble des chevaux d'une exploitation puisqu'ils partagent les mêmes installations et pâtures. 

Quels sont les mécanismes à l'origine de la résistance ?

La résistance d'un parasite repose sur l'apparition d'une modification de son matériel génétique. Cette mutation spontanée est un phénomène naturel et n'est pas le résultat d'une accoutumance aux vermifuges. Elle concerne seulement quelques individus parmi des millions et permet aux parasites mutés de persister après vermifugation, de se reproduire et de transmettre ce gène de résistance à leur descendance. Cette mutation leur permet de résister à une famille de molécules anthelmintiques, qui possèdent le même mécanisme d'action. Il existe cependant des résistances multiples, qui concernent plusieurs familles de molécules. 
La vermifugation fréquente et systématique a pour conséquence d'éliminer les parasites sensibles et de révéler les parasites résistants. Elle favorise donc l'extension des résistances

Etat des lieux des résistances en France

En France, les résistances les plus préoccupantes concernent les 3 familles de vermifuges disponibles sur le marché.

  • Résistance des petits strongles aux benzimidazoles

Une étude récente portant sur 30 élevages répartis sur 12 départements a confirmé la présence de petits strongles résistants aux benzimidazoles dans 94% des exploitations testées. Dans les élevages pratiquant des traitements fréquents, cette résistance est la règle.

  • Résistance des petits strongles au pyrantel

Sur les 30 élevages testés, la résistance au pyrantel a été suspectée dans 6 élevages (20%) et confirmée dans 3 (10%).

  • Résistance des petits strongles aux lactones macrocycliques

Les lactones macrocycliques (ivermectine et moxidectine) montrent des niveaux d'efficacité élevés dans la plupart des élevages testés.  Cependant, il a été montré, dans certains pays, une réduction de leur efficacité.

  • Résistance des ascaris aux lactones macrocycliques

 

En France, la présence de populations d'ascaris résistants à l'ivermectine a été montrée en Normandie. 

Ces résistances concernent principalement 2 parasites : les petits strongles et les ascaris. Or ces parasites constituent les parasites les plus pathogènes chez les chevaux adultes (petits strongles) et chez les poulains et jeunes chevaux (ascaris et petits strongles). Seules 3 familles de molécules anthelmintiques sont disponibles sur le marché pour les équidés et aucune nouvelle molécule n'est en cours de développement actuellement. Il est donc indispensable de préserver l'efficacité des molécules disponibles

Quelles pratiques favorisent l'émergence de résistances ?

  • La vermifugation fréquente et systématique de tous les chevaux : elle induit une pression de sélection importante sans laisser de population refuge, c'est à dire de parasites non soumis à la vermifugation.

  • Le sous-dosage des vermifuges : le risque est d'administrer une dose infra-thérapeutique qui va tuer seulement les parasites les plus sensibles.

  • L'utilisation de vermifuges non destinés aux équidés : leur efficacité chez les chevaux n'a pas été testée. Même lorsque la molécule est identique, les excipients et la voie d'administration peuvent être différents : il y a donc un risque de sous-dosage.

  • L'introduction fréquente de nouveaux chevaux dans une expoloitation, qui sont potentiellement infestés par des parasites résistants.

  • L'alternance rapide entre des molécules anthelmintiques différentes, qui favorise les résistances croisées.

NB : Ne pas confondre les molécules anthelmintiques qui sont peu nombreuses (3 classes disponibles contre les vers ronds) et les spécialités vétérinaires, très nombreuses : Une molécule peut être contenue dans plusieurs spécialités.

  • Le changement de pâture juste après la vermifugation : après vermifugation, les chevaux excrètent dans leurs crottins uniquement des parasites résistants et des œufs. Si les chevaux sont placés sur une nouvelle pâture peu contaminée, cette population de parasites résistants peut coloniser la pâture et y être dominante. Au contraire, si les chevaux sont gardés sur la même pâture, ces parasites résistants sont dilués parmi les parasites sensibles déjà présents sur la pâture et non sélectionnés par le vermifuge...

Il est donc indispensable de respecter les bonnes pratiques de la vermifugation raisonnée pour éviter l'apparition de nouvelles résistances. 

Comment mesurer la résistance d'un parasite vis-à-vis d'un vermifuge ?

Il est possible de mesurer dans une exploitation la présence de résistance des parasites aux vermifuges, notamment la résistance des petits strongles aux benzimidazoles et au pyrantel, pour lesquelles les résistances sont les plus fréquentes. Ce test, appelé test de réduction d'excrétion fécale des œufs, permet de déterminer si une molécule est efficace ou non dans une exploitation pour lutter contre les petits strongles. On mesure une résistance globale dans l'exploitation et non une résistance par cheval. En effet, à moins qu'il n'y ait aucun contact entre les chevaux, ceux-ci partagent les mêmes parasites par l'intermédiaire de l'environnement (pâtures, paddocks, boxes...). Si une résistance est mise en évidence, elle concerne tous les chevaux de l'exploitation

Cette mesure nécessite la mise en place de deux coproscopies (une avant traitement et une après traitement). 

  • J-1 à J-7 : Première coproscopie

Cette première coproscopie permet de quantifier le niveau d'excrétion initial et de n'inclure dans le test que des chevaux présentant un niveau d'excrétion suffisant pour quantifier la réduction après le traitement. 

Elle doit être réalisée sur un minimum de 12 chevaux (pour obtenir un résultat significatif), en ciblant les chevaux potentiellement forts excréteurs (par exemple, les jeunes chevaux de 2 à 5 ans, qui du fait d'une immunité moindre sont souvent plus infestés que les chevaux adultes). 

  • J0 : Vermifugation

Les chevaux modérés et forts excréteurs (c'est à dire plus de 200 œufs par gramme de crottins) sont vermifugés avec la molécule pour laquelle on veut tester la résistance. 

  • J14 : Deuxième coproscopie (contrôle)

Cette deuxième coproscopie est réalisée uniquement sur les chevaux qui ont été classés en modérés et forts excréteurs à la première coproscopie et qui ont été traités à J0.

Grâce à un calcul qui compare le nombre d'œufs observés à J-1/J-7 et J14, on obtient une mesure de l'efficacité de la molécule dans l'exploitation. 

%efficacité = 100 x [opg (coproscopie 1) -(opg coproscopie 2)] / opg (coproscopie 1)

Pourcentage d'efficacité :

En dessous d'une efficacité de 90%, on peut penser qu'il existe une résistance des petits strongles à la molécule. L'interprétation des résultats est cependant délicate. Le vétérinaire décidera, en fonction des résultats dans une exploitation donnée, de continuer à utiliser la molécule ou non.  

Cette résistance est irréversible : une fois qu'elle est présente dans une exploitation, la molécule ne redeviendra pas efficace même si on ne l'utilise plus pendant un certain temps.

N.B. : Cette mesure peut être effectuée chez un seul individu mais on ne pourra pas confirmer la présence d'une résistance à l'échelle du troupeau. Un test de résistance peut être également très utile chez les poulains : mesure de la résistance des ascaris vis à vis de l'ivermectine et des petits strongles vis à vis du pyrantel et des benzimidazoles. 

Dans le cas de l'entrée d'un nouveau cheval dans une écurie, ce test permet après traitement du cheval de mesurer l'efficacité de la molécule utilisée et ainsi d'éviter l'entrée de parasites résistants portés par ce nouveau cheval.

 

Références

Bourdoiseau G., "La résistance aux anthelmintiques chez les équidés", Le Nouveau Praticien vétérinaire équine, vol. 11, p. 6-10, 2015

Geurden T., Betsch J.M., Maillard K., et coll., "Determination of anthelmintic efficacy against equine cyathostomins and Parascaris equorum in France", Equine Veterinary Education, vol. 25, p. 304-307, 2013

Laugier C., "Etat des lieux de la résistance aux anthelmintiques chez les nématodes des équidés", Le Nouveau Praticien vétérinaire équine, vol. 11, p. 11-17, 2015

Laugier C., Sévin C., Ménard S., et coll., "Prevalence of Parascaris equorum infection in foals on French stud farms and first report of ivermectin-resistant P. equorum populations in France, Veterinary Parasitology, vol. 188, p.185-189, 2015

Nielsen M.K., Mittel L., Grice A., Erskine M., Graves E., Vaala W., Tully R.C., Frecnh D.D., Bowman R., Kaplan R.M., AAEP Parasite Control Guidelines, 2013

Sallé G., Laugier C., "La détection de la résistance aux anthelmintiques chez les nématodes parasites des équidés", Le Nouveau Praticien vétérinaire équine, vol. 11, p. 18-22, 2015

Traversa D., Castagna G. , von Samson-Himmelstjerna G. et coll., "Efficacy of major anthelmintics against horse cyathostomins in France", Veterinary Parasitology, vol. 188, p. 294-300, 2012

 

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