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Les techniques d'imagerie

Niveau de technicité :

Auteurs :  J-M. Denoix, D. Laurent, V. Coudry, S. Jacquet, F. Audigié
CIRALE-IPC, 14 430 Goustranville
UMR INRA 957 Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort

Mise à jour Août 2013
 

Les techniques d’imagerie sont en plein essor : des progrès technologiques améliorent les différentes modalités, et les indications de chacune d’elles se diversifient. Le vétérinaire dispose ainsi de plusieurs procédés diagnostiques pour explorer les affections locomotrices chez le cheval. La mise en oeuvre rationelle et sélective de ceux-ci nécessite une connaissance parfaite de leurs performances, indications et limites respectives.

Les techniques d’imagerie médicale se sont considérablement diversifiées au cours de ces 30 dernières années et la médecine équine a bénéficié des recherches et des progrès technologiques effectués en imagerie humaine (Denoix et Audigié, 2004). 

Le choix de la modalité à employer pour le diagnostic des affections de l’appareil locomoteur du cheval doit tenir compte d'un triple objectif :

  • permettre le diagnostic le plus précis ;
  • apporter la meilleure documentation des lésions ;
  • veiller à conserver le meilleur rapport information/coût et la meilleure tolérance pour le cheval.

Les techniques de proximité

Il s’agit de la radiographie, l’échographie et la thermographie, qui sont facilement transportables et utilisables au chevet du patient.

La radiographie

©FG/IFCE

La radiographie fut la première technique d’imagerie médicale ; elle date de plus d’un siècle. Récemment, la digitalisation de l’image a facilité son utilisation et la communication des informations, même si elle n’a pas accru significativement ses capacités diagnostiques. Cette modalité est particulièrement indiquée pour l’exploration des lésions osseuses ou articulaires.

En visite d’achat, par exemple pour l’os sésamoïde ou sur un cheval présentant une boiterie marquée sans déformation particulière notée à l’examen physique, la radiographie reste la technique de première intention. Par ailleurs, dans le domaine des dorsalgies, cette technique permet de brosser rapidement un tableau des lésions vertébrales potentielles du cheval.

Ses limites majeures restent une mauvaise différentiation des tissus mous (pour lesquelles elle doit être associée à l’échographie) et une faible sensibilité à certaines lésions osseuses telles que les contusions et les fractures de fatigue à un stade précoce (qui nécessitent la mise en œuvre de la scintigraphie ou de l’IRM) (Denoix et al., 2004).

L’échographie

Durant ces 20 dernières années, l’échographie a révolutionné la connaissance des causes de boiterie chez le cheval. Elle a mis en lumière un grand nombre d’affections jusqu’alors inconnues en clinique équine et a permis de relativiser les concepts radiographiques, notamment dans les boiteries de pied. Là où le vétérinaire devait s’efforcer de trouver une image radiographique pour expliquer la boiterie, l’échographie montre clairement que la cause est ailleurs, par exemple dans une tendinite basse du fléchisseur profond du doigt (perforant) ou une entorse d’un ligament du pied.

Un autre avantage de cette technique est la diversité de ses applications : initialement utilisée pour le diagnostic des lésions tendineuses, l’échographie permet maintenant, en combinant les sondes, d’examiner toutes les régions corporelles du cheval (y compris par voie endocavitaire : échographie transrectale) à l’exception des espaces couverts par des os (exemple : cavité crânienne) ou de l’air (exemple : médiastin occulté par les poumons).

L’examen peut être effectué avec de petites machines facilement transportables, dont la qualité ne cesse de progresser. Le développement des injections écho-guidées a par ailleurs révolutionné le traitement des régions axiales et des articulations proximales des membres. Sa mise en œuvre nécessite toutefois, comme celui de l’examen clinique, un long et méticuleux apprentissage, notamment dans la connaissance de l’écho-anatomie (Denoix, 2000).

La thermographie

La thermographie fournit une cartographie des rayonnements infra-rouges émis par les territoires corporels.

En raison de sa sensibilité à de nombreux artéfacts (température extérieure, état de la peau et de son revêtement pileux…), elle est plus une technique de documentation du stade évolutif et inflammatoire des lésions qu’une technique diagnostique ; elle a sa place dans le suivi de la cicatrisation des lésions tendineuses (Figure V), mais nécessite des conditions parfaitement standardisées de mise en œuvre.

Les techniques hospitalières


Elles ne peuvent être mises en œuvre que dans un environnement hospitalier. Ce sont la scintigraphie osseuse, le scanner et l’imagerie par résonance magnétique (IRM).


La scintigraphie osseuse

La scintigraphie osseuse consiste en la détection des sites de fixation d’un produit radioactif, le Technecium 99m lié à un biphosphonate, sur les sites squelettiques en construction (au niveau des épiphyses) ou en reconstruction (cicatrisation osseuse).

La détection de ces sites est effectuée avec une gamma-caméra placée au contact des diverses régions anatomiques du cheval. Outre les zones d’ossification sur la face fertile des cartilages épiphysaires chez le jeune cheval, les points de fixation permettent de détecter des lésions osseuses induites par des contraintes biomécaniques (contusions, fractures de fatigue), du remodelage osseux associé aux arthopathies dégénératives ou plus rarement des foyers septiques et exceptionnellement des tumeurs.

Cette technique est très sensible, et lorsqu’un examen corps entier est effectué, elle permet de dresser un panorama des régions squelettiques potentiellement douloureuses du cheval (Denoix et Audigié 2004). Pour optimiser l’information lors d’un bilan sportif, l’examen doit être effectué au cours d’une période d’activité et idéalement après une période d’entraînement ou de compétition.

La scintigraphie est peu sensible aux lésions des tissus mous : elle ne détecte pas les lésions tendineuses (sauf en cas d’enthésopathies : lésions d’insertion sur l’os ; Coudry et al., 2008), c’est pourquoi un cheval examiné pour boiterie ou dans le cadre d’un bilan doit faire l’objet d’un examen physique et échographique approfondi.

Le scanner

Le scanner est une technique d’imagerie sectionnelle (fournissant des coupes) utilisant des rayons X et présentant un grand intérêt diagnostique pour les lésions osseuses (Desbrosse et al., 2008). La représentation exacte des traits de fractures améliore leur réparation par ostéosynthèse.

Par un procédé de reconstruction des images, le scanner peut fournir une excellente représentation anatomique en 3 dimensions de la région examinée ce qui aide à la compréhension de la distribution des lésions.

L’imagerie par résonance magnétique (IRM)

L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est la technique d’imagerie qui présente le plus fort potentiel diagnostique grâce à des avantages nombreux :

  • une très bonne représentation anatomique de formations diverses, os et tissus mous;

  • une grande sensibilité à divers processus pathologiques : inflammation, sclérose osseuse, nécrose tissulaire (Tapprest et al., 2003)… grâce à des séquences appropriées ;

  • la possibilité de réaliser des coupes dans les trois plans de l’espace ce qui permet de localiser précisément les lésions et de définir leur extension.

  • Deux modalités sont actuellement proposées :

     

    • Examen cheval couché sous anesthésie générale, pour explorer la région cervicale crâniale, tête, nuque et membres.
    • Examen debout, permettant d’explorer les régions distales des extrémités. (au CIRALE, Goustrainville, 14).

Mise en oeuvre des procédés d’imagerie

Les critères de choix des procédés d’imagerie à utiliser varient selon le problème présenté par le cheval. Avant de mettre en œuvre une technique d’imagerie, l’étape préliminaire capitale est la réalisation d’un examen clinique complet, orienté en fonction des problèmes du cheval.

Bibliographie

AUDIGIE, F., TAPPREST, J., GEORGE, C., DIDIERLAURENT, D., FOUCHER, N., FAURIE, F., HOUSSIN, M., DENOIX, J-M. Magnetic resonance imaging of a brain abcess in a 10-month-old filly. Vet Radiol. Ultrasound, 2004, 45 (3) 1-6.

COUDRY, V., DENOIX, J-M., DIDIERLAURENT, D., ROSSIGNOL, F., AUDIGIÉ, F. Magnetic resonance imaging diagnosis of the cause of proximal metacarpal pain in a standardbred trotter. Vet. Rec, 2008, 162 (24), 790-792.

DENOIX, J-M., AUDIGIÉ, F. Imaging of the musculoskeletal system in horses. In: Equine Sport Medicine and Surgery, eds Hinchcliff KW, Kaneps AJ, Geor RJ, WB Saunders Co, Philadelphia, 2004 ; 161-187.

DENOIX, J-M. The Equine Distal Limb : An Atlas of Clinical Anatomy and Comparative Imaging. Manson Publishing Ltd, London. 390 pages, 1200 figures. 2000.

DENOIX, J-M., AUDIGIÉ, F., TAPPREST, J., DIDIERLAURENT, D. Diagnostic imaging of bone lesions in horses. In : Performance diagnosis of equine bones. Edited by A. Lindner, Arbeitsgruppe Pferd ed., Essen 2004, 77-98.

DESBROSSE, F., VANDEWEERD, J-M., PERRIN, R., CLEGG, P., LAUNOIS, T., BROGNIEZ, L., GEHIN, S. A technique for computed tomography (CT) of the foot in the standing horse. Equine Vet. Educ, 2008, 20 (2) 93-98.
 

TAPPREST, J., AUDIGIE, F., RADIER, C., ANGLADE, M-C., VOISIN, M-C., FOUCHER, N., COLLOBERT-LAUGIER, C., MATHIEU, D., DENOIX, J-M. Magnetic resonance imaging for the diagnosis of stress fractures in a horse. Vet Radiol. Ultrasound, 2003, 44 (4) 438-442.

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