Fiche consultée 15261 fois.

Partager

L'évolution des usages du cheval depuis le 19ème siècle

Niveau de technicité :

Auteur : REFErences

Janvier 2011

Aujourd’hui, l’usage majoritaire du cheval en France est centré sur l’équitation « sport/loisir ». Au regard de l’Histoire, c’est un moment singulier qu’il est intéressant de mettre en perspective des siècles passés, pour mieux identifier les tensions et détecter les évolutions en cours. La présente fiche propose un très rapide survol de l’évolution du cheval de trait, de selle puis de course, depuis le 19e siècle, en prenant comme référence principale un ouvrage retraçant une Histoire du cheval (Digard, 2004).

La suprématie du cheval de trait au 19e siècle


Le cheval était au 18e siècle, l’apanage de quelques régions, le mulet et le boeuf assurant ailleurs les travaux des champs.

La modernisation de l’agriculture, tout au long du 19e siècle, l’a rendu indispensable pour la récolte, la transformation des produits et a ainsi assuré son expansion territoriale. Ainsi, la France du 19e siècle est un pays agricole où le cheval de trait est devenu omniprésent.


Il en a été de même dans les villes, avec le développement spectaculaire de la traction hippomobile durant la seconde moitié du siècle. C’est, d’ailleurs, entre 1880 et 1920 que se stabilisent les races et s’organisent les stud-books des principales races de trait que l’on connaît aujourd’hui.

L’évolution vers cheval « de viande » au 20e siècle

Le 19e siècle compte initialement, près de 1,6 million de chevaux lourds et gagnera quasiment un million supplémentaire en se terminant. Le cheval de trait représente encore plus de 85% des 3 millions de chevaux présents sur le territoire français en 1930.

Mais l’avènement du moteur à explosion et le plan Marshall des années 1950 ont rendu caduque son utilisation et donc sa présence. En 1970, les chevaux de trait sont devenus minoritaires et le cheptel français a été divisé par 6. En 1995, les chevaux lourds représentaient moins de 10% des chevaux français.

Pour sauver les races de trait, la réorientation de l’élevage à des fins de production de viande a été tentée, encouragée par l’Etat, à partir de 1970. Elle a été rendue possible par l’instauration, au siècle précédent, de l’hippophagie. En effet, en 1866, Napoléon III a légalisé et encouragé la consommation de viande chevaline. Il s’agissait d’améliorer l’alimentation des populations urbaines et de limiter la surexploitation des animaux en milieu citadin.

L’avenir incertain des chevaux de trait au 21e siècle

Le cheval à vocation bouchère, que l’on continue d’appeler «de trait», s’est principalement développé dans des zones de montagne (Auvergne, Midi-Pyrénées…) qui sont essentiellement des bassins de multiplication.

Les berceaux de race se sont plus ou moins maintenus (l’Auxois est une race menacée) mais leur orientation viande est plus limitée. Les éleveurs préfèrent voir dans leurs animaux des reproducteurs, des chevaux de trait ou de loisir voire de sport au travers d’activités comme l’attelage.

L’hippophagie a été contestée dès son introduction et continue de susciter de nombreux débats. Aujourd’hui encore, elle se heurte à de nombreux freins culturels. Elle souffre d’un paradoxe. L’aval de la filière et les consommateurs préfèrent la viande très rouge de chevaux adultes (course…) ou de races lourdes (Bretons, Percherons, Auxois). Pour des raisons pratiques, les éleveurs produisent plutôt des laitons de races allégées (Comtois).

Aujourd’hui, de nouveaux usages du cheval lourd sont expérimentés pour tenter d’enrayer son déclin : ramassage scolaire, collecte d’ordures…

Le cheval de selle est militaire au 19e siècle

Jusqu’à la Révolution française, l’équitation était un privilège aristocratique, à vocation guerrière. Son usage a varié (tournoi, parade…) mais demeurait dans une logique de corps à corps. Lors des guerres napoléoniennes, au début du 19e siècle, l’armée a développé une logique de charge groupée. Elle a incorporé et formé des cavaliers qui ont appris à monter des chevaux produits à cet effet dans l’Hexagone. Ces chevaux, mélange de races autochtones et étrangères, étaient différents des montures anciennes. La nécessité de former rapidement un grand nombre de personnes, sur des chevaux différents, a été l’occasion d’une équitation nouvelle en rupture avec l’académisme.

La coexistence d’écoles, de traditions diverses a été source de débats entre cavaliers issus de l’aristocratie et de la bourgeoisie, entre militaires et gestionnaires des Haras nationaux… controverses anciennes qui ne semblent pas tout à fait terminées.

L’équitation civile naît au début du 20e siècle, à partir de la tradition militaire

Le cheval de selle perd petit à petit son caractère militaire.La Guerre de 1870 sonne le glas de son hégémonie, entérinée lors de la Grande Guerre.

Les activités sportives prennent le relais au tournant du 20e siècle. Depuis 1962, il ne reste que la Garde Républicaine, dans une fonction essentiellement d’apparat et une section sportive dans l’armée.

Ce sont d’anciens militaires qui deviennent instructeurs des premiers centres équestres. Ils transmettent les valeurs, les techniques issues de leur formation. Les disciplines enseignées sont essentiellement le saut d’obstacle, mais aussi le concours complet et le dressage. Aujourd’hui l’enseignement de l’ENE est toujours l’héritière de ce passé militaire.

Le nombre de cavaliers civils est tout d’abord restreint. Il se limite à quelques 30 000 licenciés après la Seconde Guerre mondiale pour s’élever en 2010 à plus 600 000, la 3ème fédération sportive française. Les cavaliers se recrutent aujourd’hui dans tous les milieux sociaux, mais surtout dans les classes moyennes.

 

Une féminisation importante à partir de 1960

La part des femmes, et en particulier des jeunes filles, est aujourd’hui prépondérante. Quasi absentes au début du 20e siècle, elles forment environ la moitié des cavaliers licenciés en 1960, pour représenter en 2010 plus des ¾ des équitants. Ce n’est pourtant qu’en 1930 que la loi française tolère le port du pantalon pour les femmes et donc la pratique du vélo et du cheval sur une selle symétrique…

Conséquence en grande partie de l’engouement pour le poney et de la juvénilisation de l’équitation à partir des années 1960, les femmes se trouvent très présentes dans l’encadrement, l’animation (82%), les centres équestres (53%), le métier de palefrenier (62%) mais moins à haut niveau de compétition (C. Tourre-Mallen, 2006).

Actuellement, la plus forte augmentation de cavaliers licenciés est enregistrée pour les poneys, dont la «féminisation» est de 82% en 2010.

 

Des pratiques équestres de plus en plus variées

Les pratiques équestres se sont fortement diversifiées depuis les années 1960. A côté des disciplines olympiques historiques, des équitations très diverses se sont développées, nécessitant des chevaux différents et mobilisant des valeurs équestres autres.

Le choc culturel est très important, une nouvelle fois, entre des tenants des pratiques anciennes et nouvelles. Ces dernières bouleversent les modes de production, de commercialisation, de pensées établies (Couzy et al, 2009). Elles sont néanmoins porteuses d’opportunités et ne peuvent être niées.
Il devient par ailleurs, très difficile aujourd’hui d’utiliser la distinction entre chevaux de sport et de loisir (Couzy et al, 2007) puisqu’une myriade d’activités se développe, s’organise, se décline à des niveaux de pratiques allant du loisir pur à la compétition.

Par ailleurs de multiples usages éducatifs, thérapeutiques se développent : police montée dans les quartiers difficiles, travail avec des personnes handicapées…

 

La course de trot, une tradition rurale ancienne


L’acte de naissance des courses de trot peut difficilement être établi. Ces courses sont, en effet, héritières des fêtes de villages ruraux, qui existaient sous l’Ancien Régime.

Les chevaux de races autochtones, utilisés pour les travaux des champs, participaient alors à des concours de vitesse traditionnels et festifs. Après les guerres napoléoniennes, le demi-sang normand a été créé, il est devenu le Trotteur-Français et a remplacé les « bidets » polyvalents des campagnes françaises.

La course de galop, un loisir aristocratique du 18e siècle


L’origine de la course de galop est toute autre. Ce type de course existe en France depuis le règne de Louis XVI, au 18e siècle. L’aristocratie française a importé d’outre Manche, cette pratique de courses de vitesse.

Le Pur sang anglais s’est peu à peu développé et reste la race la plus employée avec une sélection génétique très coûteuse. A la différence du trot, les écuries de galop sont détenues par quelques grandes fortunes, menées de façon très hiérarchisée.

L’essor des courses, lié au développement du PMU

Les courses de trot et de galop participent à parité, ou presque, dans la réalisation des courses.

Des sociétés mères distinctes les structurent et organisent les courses. Le pari mutuel urbain (PMU), créé en 1931, a permis d’étendre la prise des paris en dehors des hippodromes. Cela a permis l’essor de ces disciplines. Le tiercé, né en 1954, est devenu très populaire.

L’ouverture des paris en ligne à la concurrence étrangère risque d’entraîner des modifications dans l’organisation et la rémunération des sociétés mères. Une nouvelle ère s’ouvre en 2010, avec ses opportunités et ses dangers…

L’évolution du statut de l’animal, en ce début de 21e siècle ?

De cheval « outil », utile au 19e siècle, le cheval se rapproche de l’homme et de la femme au 21e siècle. Le rapport de domination, d’instrumentalisation, fait place à un compagnonnage, une proximité plus grande qui va de pair avec un adoucissement des modes d’éducation (chuchoteurs…).

De fait, le statut de l’animal est remis en question par certains qui le considèrent comme animal de compagnie et souhaitent stopper l’hippophagie et certains usages jugés trop « durs ». Ce changement pourrait modifier notablement les pratiques actuelles.

Ainsi, aujourd’hui encore, le cheval est au coeur de tensions qui reflètent la diversité et l’évolution des usages, des héritages culturels, des enjeux… des passions !

Voir aussi

Liens vers des pages sur un thème proche

Disponibles à la librairie

Lettre d'information "Avoir un cheval"

 

Inscrivez-vous et recevez la lettre chaque mois par email 


Grâce à cette lettre mensuelle, restez informé de nos derniers articles publiés, des fiches encyclopédiques et des vidéos en ligne sur les sujets qui vous concernent : alimentation, santé, reproduction, génétique, comportement, infos réglementaires... et bien d'autres!

 

Je souhaite recevoir la lettre d'information gratuite "Avoir un cheval"