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Cheval territorial : état des lieux et perspectives d’avenir

Niveau de technicité :

Auteur : S. Lefebvre (ENSAIA, OMEFFE)
Article extrait de la revue équ'idée n°76, Automne 2011

 

Le cheval de trait a longtemps fait partie de l’histoire humaine, accompagnant le développement agricole et industriel jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Concurrencé ensuite par la traction automobile et le développement du machinisme, le cheval attelé a progressivement disparu des campagnes et des villes. En vingt cinq ans à peine, ils voyaient leur nombre divisé par six. Aujourd’hui, les chevaux de trait reviennent en ville.

Le retour du cheval en ville

Depuis une quinzaine d’années, le retour du cheval de trait s’observe ici et là dans les villes. Les expériences d’utilisation du cheval attelé se multiplient : ramassage des ordures, transport de personnes, entretien des espaces verts ou travaux agricoles incombant à la collectivité.

De nombreux facteurs sont à l’origine de cette évolution : développement durable, bienfaits d’une présence animale appréciée des citoyens, baisse permanente de la consommation de viande menaçant la survie de certaines races de trait, etc.

Engagés depuis plus de vingt ans auprès des éleveurs pour enrayer la disparition des races de trait, les Haras nationaux, devenus Institut français du cheval et de l’équitation, encouragent et soutiennent le développement du cheval territorial en partenariat avec des collectivités qui, comme la Région Basse-Normandie, sont sensibles à des enjeux qui touchent à la fois au développement des territoires, à la protection du patrimoine vivant, à l’emploi et à l’intégration sociale.

 

L'étude de bilan menée par l'OMEFFE

Dans ce contexte, l’Observatoire des Métiers, de l’Emploi et des Formations de la Filière Equine (OMEFFE), créé par équi-ressources en 2010, a lancé une étude de bilan, complétée d’une enquête d’intérêt, sur l’utilisation des chevaux attelés par les collectivités territoriales. L’objectif de cette étude est double :

 

  • dresser un état des lieux de l’existant,
  • évaluer le potentiel de développement de l’utilisation du cheval attelé, afin d’aider les responsables publics et privés à élaborer et mettre en oeuvre des stratégies de soutien et d’encouragement.

 

Périmètre de l’étude et méthodologie mise en oeuvre

L’enquête menée par l’OMEFFE est de dimension nationale, avec un focus régional sur la Basse-Normandie. Son périmètre sectoriel est limité à l’utilisation du cheval attelé et à l’implication de la collectivité dans cette utilisation, par le biais d’une prise en charge directe de l’action ou du recours à un partenaire extérieur. Sont donc exclus de cette étude les intervenants privés agissant pour leur compte exclusif, sans contact avec les collectivités.

Il a été décidé de sonder les collectivités sur la base d’un échantillonnage par quota. Au terme d’un bilan à mi-parcours mettant en lumière la très rare utilisation du cheval attelé par les collectivités de moins de 3000 habitants, il a été décidé de redéfinir l’échantillon autour des communes de 3 000 à 100 000 habitants. S’agissant de la région Basse-Normandie, toutes les communes de plus de 3 000 habitants ont été sondées, soit par questionnaire, soit par téléphone.

Résultats de l'étude

Davantage de chevaux attelés en ville dans le nord que dans le sud

Les premiers résultats de cette étude montrent que les collectivités utilisant le cheval attelé se situent plus souvent dans la partie nord de la France, avec un équilibre entre l’est et l’ouest.

Les collectivités concernées sont de moyenne ou grande taille. Celles de grande taille (plus de 100 000 habitants) peuvent être des communes (Paris, Strasbourg...) ou bien des Conseils généraux (Charente-Maritime, Hauts-de-Seine).

Service propre de la commune ou recours à un prestataire extérieur ?

Parmi les collectivités utilisant le cheval attelé, 36% font appel à un prestataire extérieur. Les raisons de ce choix varient d’une collectivité à l’autre : existence d’un prestataire proposant ce type de service, simplicité de mise en oeuvre, recours très ponctuel au cheval attelé, comme dans le cas de certaines activités touristiques saisonnières.

Le cheval attelé utilisé d’abord pour le transport des déchets

Les collectivités utilisent d’abord le cheval attelé pour des actions ayant trait à l’environnement. Le ramassage des déchets (y compris la collecte du verre) vient en première position (32%), suivi par l’entretien des espaces verts (17%), puis le tourisme vert (15%). Si 50% des collectivités enquêtées utilisent l’attelage pour une activité unique, l’autre moitié conjugue une utilisation plurielle, pour deux, trois, voire quatre activités différentes (Conseil Général de Charente Maritime, par exemple).

Certaines villes travaillent par « famille d’utilisation » comme le transport des déchets et la collecte du verre (Paris et Conseil Général des Hauts de Seine) mais de nombreuses collectivités diversifient leur utilisation du cheval attelé de façon plus large : transport des déchets, transport de touristes, débardage, par exemple (Domaine de Saint Cloud, Trouville).

Les agents cochers/meneurs ou palefreniers

Les collectivités utilisent en moyenne 4 agents autour du cheval attelé. Tous les cochers-meneurs cumulent aux moins deux fonctions (cocher et palefrenier, ou cocher et agent administratif par exemple). Près de la moitié sont encore plus largement polyvalents, cumulant au moins trois fonctions.

Le statut le plus répandu, notamment dans les collectivités de 10 000 à 100 000 habitants, est celui de fonctionnaire, agent de la collectivité. Ces agents sont majoritairement recrutés en interne. Ils évoluent vers leur nouveau poste de cocher-meneur soit en raison de prédispositions personnelles (intérêt pour le cheval, connaissance de l’attelage), soit après une formation.

La majorité des meneurs (64%) a suivi une formation. Le Certificat de Spécialisation « utilisateur professionnel de chevaux attelés » est détenu par 12% des meneurs. Les autres sont titulaires de « galops d’attelage ».

 

Les moyens mis en oeuvre

Les collectivités organisent le plus souvent en interne leur activité autour du cheval attelé. Les animaux (en moyenne 2,6 par collectivité) sont majoritairement logés dans un lieu appartenant à la collectivité, pré ou boxe. Lorsque le service est assuré par un prestataire extérieur, les animaux sont pris en charge directement par ce dernier.

Le budget moyen investi pour un cheval est de 3 900 € et celui investi dans le véhicule s’élève à 5 700 €.

Le potentiel de développement de l’utilisation du cheval attelé : l’exemple de la Basse-Normandie

De nombreuses collectivités déjà engagées dans l’utilisation de la traction animale sont favorables au développement d’une seconde activité liée au cheval attelé. Certaines villes souhaitent diversifier leur utilisation de l’animal et développer plutôt le cheval monté. 58% des villes ayant déjà mis en place une action de traction animale souhaitent développer une seconde action.

En revanche, les projets nouveaux d’utilisation du cheval attelé paraissent relativement peu nombreux.  Sur les 68 villes bas-normandes enquêtées, 8 collectivités disent avoir un projet ou de l’intérêt pour l’utilisation du cheval attelé. Il s’agit d’Ifs, Caen, Sées, Hérouville St Clair, Alençon, Luc sur Mer, Le Mont Saint Michel et Saint Hilaire du Harcouët. S’agissant de Saint Hilaire du Harcouët, la situation est particulière dans la mesure où l’accord conclu entre le centre de formation de Saint Hilaire et la commune porte sur la formation, en ville, des futurs cochers meneurs du Mont Saint Michel. Il ne s’agit donc pas là d’un projet d’utilisation du cheval liée à une activité d’entretien ou de service de transport public de la commune.

Au niveau national, en l’état actuel de l’enquête, 11% des collectivités disent avoir un projet ou de l’intérêt pour l’utilisation de la traction animale. Rares sont les projets « avancés » disposant d’un calendrier, d’un budget prévisionnel, etc. L’intérêt des collectivités se porte principalement sur le transport des déchets, l’accessibilité à certaines zones (bords de rivières, plages) et l’entretien des espaces verts. Les collectivités ont la volonté de gérer elles-mêmes leur action, sans faire appel à un prestataire extérieur. Elles prévoient de recruter leur personnel en interne.

Ainsi, il semble que le potentiel de développement du cheval attelé réside autant du côté des collectivités déjà engagées dans cette utilisation, que du côté des quelques villes manifestant un intérêt nouveau pour l’utilisation de la traction chevaline. La poursuite de l’enquête au niveau national permettra de confirmer ou non cette hypothèse. Quoi qu’il en soit, il ressort également de ce travail que de nombreuses collectivités connaissent peu ou mal les avantages du cheval attelé. Une politique de communication s’avère donc indispensable pour promouvoir auprès des responsables concernés, les bénéfices de l’utilisation du cheval attelé.

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