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Impact du cheval utilitaire sur le développement durable du territoire

Niveau de technicité :

Auteur : G. Ardaens, C. Cordilhac, M. Lhote, C. Vial.
Mise à jour Mai 2013

 

Le cheval territorial, souvent présenté comme un agent écologiquement propre, économiquement intéressant et socialement riche pour les populations et les employés municipaux, peut apparaître comme un élément permettant de répondre aux nouveaux enjeux de développement durable auxquels les collectivités doivent faire face. Il convient toutefois de s’interroger sur la réalité de cette perception commune en s’attardant sur les trois piliers du développement durable, qui associe la dimension environnementale aux aspects économiques et sociaux.

Impact économique

Ville de Mâcon, 2009

La dimension économique du projet est de loin la plus controversée.


Le coût d’investissement initial peut être estimé de manière assez fiable et peut sembler avantageux en comparaison d’un véhicule motorisé. L’Institut français du cheval et de l’équitation estimait à 9400 euros l’investissement moyen pour un cheval et un véhicule hippomobile (Estimation Juillet 2012). En comparaison, le prix moyen d’un véhicule à moteur non polluant destiné à une utilisation identique s’élève à 22800 euros (13000 euros pour un véhicule traditionnel). Toutefois, à cela s’ajoutent encore les coûts d’hébergement du cheval et les frais de formation du personnel.

Coûts d’investissement en vue de la mise en place de chevaux dans une collectivité (IFCE – HNCI)
Type Observations
Cheval Le prix dépend de l'âge, de la race et du niveau de dressage
Hébergement du cheval (optionnel) Ce poste de dépense intervient seulement si le cheval est hébergé dans un pré appartenant à la collectivité. Il faut dans ce cas assurer les frais de construction d’espaces couverts en cas d’intempérie et clôturer le pré.
Harnais à bricole et collier de travail Dans le cas de l’utilisation du cheval attelé.
Voiture Hippomobile (et avant train) Variable selon le type de voiture.
Equipements pour chevaux de selle Comprend l’équipement traditionnel pour monter à cheval : selle, filet…
Formation du personnel Correspond uniquement à la formation d’un meneur (il est prudent d’assurer une formation, même moindre, à un autre employé, afin de pouvoir assurer le remplacement ponctuel du titulaire).

Il faut aussi tenir compte des coûts de fonctionnement, desquels vont découler la réussite financière du projet. Il est possible d’en faire une estimation mais ces coûts sont très variables selon le type de tâche à effectuer, l’organisation de l’atelier, les employés impliqués… et la façon même de les évaluer peut être sujette à controverses. De plus, on ne peut qu’approximativement prendre en compte dans ce calcul l’étendue du coût du vivant (cheval malade ou blessé…). Le calcul des coûts relatifs à ce genre de projet doit donc être appréhendé avec beaucoup de prudence.


Il est conseillé de réaliser une étude préalable, qui permettra une estimation plus fine des coûts et pourra faire apparaître certaines opportunités (partenariat avec association, collaboration avec Centre équestre municipal, etc.) 

Coûts de fonctionnement d'un cheval territorial dans une collectivité (IFCE - HNCI)
Type Observations
Hébergement et alimentation du cheval Comprend les frais courants (vermifuges et vaccins) auxquels il faut ajouter les éventuels frais exceptionnels.
Frais vétérinaires Comprend les frais courants (vermifuges et vaccins) auxquels il faut ajouter les éventuels frais exceptionnels.
Frais de maréchalerie Comprend une ferrure toutes les 4 à 6 semaines.
Entretien annuel du matériel  
Petit matériel consommable Produits d’entretien du cuir, graisse à pied…
Assurance responsabilité civile  
Frais de personnel Variable.

Parallèlement à ces coûts, des retours positifs non-marchands sont également à prendre en compte. Parmi eux, nous mentionnerons bien entendu les apports sociaux et environnementaux (détaillés ci-dessous) mais également la réduction des déchets et l’amélioration du tri par les habitants qui sont constatés lors de la mise en place d’un cheval pour le ramassage des ordures, ou encore la médiatisation dont bénéficie la commune grâce à la mise en place du projet.


De plus, ces projets utilisant des chevaux au sein des collectivités permettent de créer des emplois, ou du moins, d’en stabiliser certains au sein des territoires concernés : il s’agit des métiers connexes de sellier, bourrelier, maréchal-ferrant, éleveur, étalonnier, vétérinaire… et bien sûr de meneur ou utilisateur de chevaux attelés.
Enfin, pour les acteurs publics, la question économique passe par celle d’éventuelles subventions mobilisables pour une telle entreprise. Là aussi, une étude au cas par cas peut faire évoluer le montant et le type de financement, selon les axes stratégiques de développement local. (Voir liste dans l’ouvrage «Utilisation du cheval attelé en territoire», disponible à la librairie.)

 

Impact environnemental

E Rossier IFCE

De prime abord, il peut sembler évident que le cheval est un « outil » plus écologique que le tracteur, le camion ou la voiture en termes d’émissions de gaz à effet de serre. La question semble déjà moins évidente en comparaison avec l’utilisation d’un véhicule électrique. Mais dans la réalité, l’impact écologique dépend lui aussi énormément de l’organisation de l’atelier, des distances à parcourir, de l’existence ou non d’un relais motorisé… et doit donc être étudié au cas par cas.
A titre d’exemple, Equiterra (association de promotion de « l’énergie cheval ») suite à une étude menée sur un chantier test, fait état d’un gain carbone potentiel de 35% en utilisant le cheval plutôt qu’un engin motorisé (CIVAM, 2009). 

Un prolongement de ce travail a été fait et permet d’estimer le gain carbone potentiel pour d’autres chantiers que la collecte de déchets.

Gain carbone potentiel en fonctions des différents types de chantiers (Equiterra, 2009)
Chantier hippomobile Observations
Collecte de déchets 35%
Débardage 30%
Maraîchage 90%
Tonte 40%
Transport de personnes 60%
Entretien d'espaces verts 30%

Au-delà des bilans carbone, le cheval présente de nombreux atouts au niveau environnemental. Il s’agit d’un transport utilisant une énergie renouvelable puisque son utilisation n’entraîne pas l’extinction de la ressource initiale, l’énergie se reconstitue plus rapidement qu’elle n’est utilisée. En effet, l’utilisation du cheval ne menace pas sa reproduction (au contraire, plus le cheval est utilisé, plus il est produit). 

D’autre part, le cheval véhicule une image d’authenticité et de nature et permet la transmission de messages écologiques et la sensibilisation du grand public. Il est plus adapté qu’un véhicule à moteur pour effectuer des déplacements à vitesse réduite avec des arrêts fréquents, ainsi que pour travailler dans des zones difficiles d’accès, des rues étroites ou des espaces très pentus. Il est peu bruyant et respecte les ressources et la biodiversité, ce qui est particulièrement avantageux en milieu naturel protégé. Il présente des avantages techniques importants pour le travail en zone rurale ou forestière : respect des sols, souplesse, maniabilité, adhérence et puissance dans des environnements peu accessibles en véhicules motorisés. Enfin, ces actions aident à la préservation de la biodiversité : l’utilisation plus importante du cheval de trait pourrait jouer un rôle positif dans la préservation de races actuellement menacées par le déclin de la consommation de viande (Observatoire Equi-ressources, 2011).

 

 

Impact social

ANCTC

Les effets en termes de retombées sociales sont ceux faisant émerger le plus large consensus. Ils justifient l’utilisation du cheval en comparaison de tout autre véhicule ordinaire. Le cheval permet le renforcement des liens ville-campagne, la cohésion sociale, la création de liens entre habitants et entre habitants et employés municipaux… Par l’intermédiaire du cheval, un nouveau regard est porté sur les employés municipaux, souvent peu considérés par les populations locales. L’insertion du cheval crée un lien indéniable : enfants comme adultes vont aller spontanément au contact de l’animal et donc, par la suite, vers le meneur. A condition que l’employé ait été intégré au processus de mise en place du cheval et non placé devant le fait accompli, cette nouvelle facette de son travail peut devenir une vraie source de fierté. Ainsi, le cheval permet de motiver le personnel, apporte un confort de travail et a prouvé son efficacité dans le cadre d’insertions ou de réinsertions sociales de personnes en difficulté.

D’une façon plus générale, une étude commanditée par les Haras nationaux au cabinet Cofremca-Sociovision (afin d’étudier la place du cheval dans les loisirs des Français et ses réelles opportunités de développement à l’horizon 2010) montre que 62% des français aimeraient que l’on réintroduise le cheval en ville. Le cheval apparaît alors comme un médiateur social, remettant du vivant au cœur de la commune et apportant chaleur et convivialité. 

Enfin, le cheval favorise le respect de l’autorité dans des missions de prévention. Il instaure une autorité naturelle de par son gabarit qui permet à ses cavaliers de délivrer leur message avec plus de poids et d’être écoutés. Le rôle de prévention est souvent bien rempli, qu’il s’agisse de délinquance ou tout simplement d’indiscipline ou de dégradation des milieux naturels.

 

 

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