Haras-nationaux

Organisation de la filière

La filière, processus de production

Au départ,  une filière est « un instrument ou un organe destiné à étirer ou à produire des fils ». Par allusion à la filière servant à réduire le métal en fils de plus en plus fins, le sens du mot s’élargit pour désigner « une succession d’états à traverser, de degrés à franchir, de formalités à accomplir pour parvenir à un résultat ».


C’est donc un concept qui s’applique bien à un produit connaissant une succession de transformations, réalisées par des acteurs différents, avant de parvenir au consommateur final. Le monde du cheval s’écarte un peu de cette conception : une filière cheval au sens strict concernerait uniquement le produit cheval et s’arrêterait donc… aux éleveurs la plupart du temps, voire aux entraîneurs et cavaliers qui forment leurs produits. Or le monde du cheval produit aussi des jeux (par le biais du PMU), des spectacles, des services… Le cheval lui-même est alternativement produit et outil de production, stock et immobilisation. Qui plus est, la détermination de l’utilisation du cheval se fait souvent progressivement au cours de sa vie et ne résulte pas d’une décision de production.


La « filière » cheval se prête donc à d’infinis débats et à des redéfinitions régulières, d’autant plus que les métiers n’y sont pas bien définis, comme celui de cavalier pour lequel il n’existe pas de réel statut, ou celui d’éleveur de chevaux qui est souvent une activité marginale dans une exploitation.
Les limites de cette filière ne sont pas non plus bien nettes : les professionnels de la découpe et de la commercialisation de viande, par exemple, appartiennent-ils à cette filière ? et les selliers, les maréchaux-ferrants ? bien sûr, ce n’est qu’une question de définition.


Dans la suite, on considérera principalement les acteurs représentés en France et qui contribuent directement à la production ou à la transformation des produits de la filière. Ainsi, on considèrera un peu paradoxalement le poulain de trait vendu pour l’engraissement comme un produit fini puisque l’immense majorité des engraisseurs travaillent hors de nos frontières.


On peut identifier quatre principaux couples produits – marchés, auxquels correspondent quatre processus de production plus ou moins complexes et plus ou moins imbriqués :

  • parieurs / jeux
  • cavaliers / loisir équestre (au sens large : du cheval à l’heure d’équitation en club ou au parcours de CSO)
  • entreprises ou collectivités / énergie motrice (le cheval, ne l’oublions pas, a commencé une carrière millénaire comme plus belle conquête de l’homme en tant que …véhicule)
  • engraisseurs (export) / poulains
  • S’ajoute à ces produits un co-produit très important, la viande de cheval : co-produit, dans le sens où actuellement, la plus grande partie de la viande consommée en France provient de carcasses de réforme, c’est-à-dire de chevaux qui n’ont pas été élevés pour cet usage.

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Les marchés

Le poulain lourd est vendu sous son prix de revient, en raison du faible niveau du marché export. L’Etat appuie cette production intéressante pour l’occupation des territoires et le maintien d’un patrimoine biologique par deux canaux : les aides environnementales (prime au maintien des races menacées, cofinancée par l’Union européenne) et l’étalonnage public qui abaisse les charges de l’éleveur.


En ce qui concerne les chevaux de loisir, le prix dépend souvent du potentiel sportif de l’animal et non de son coût de revient.  Le travail de formation du cheval n’est pas du tout rémunéré par son prix de vente lorsqu’il présente des aptitudes sportives limitées. Du coup, les éleveurs cherchent à vendre des trois ans alors que l’utilisateur préfère souvent un cheval prêt… Enfin, le fait que l’offre de chevaux soit diffuse sur le territoire et qu’il n’existe pas de critères transparents pour fixer les prix ne facilite pas les transactions.


Le secteur des courses est irrigué par des recettes PMU en croissance depuis près de 10 ans. Dans ce contexte plutôt favorable, quelques interrogations subsistent: que se passera-t-il si le monopole du PMU disparaît à l’instigation de l’Union européenne ? Comment le secteur galop, très ouvert sur l’international, résistera-t-il à la concurrence fiscale de l’Irlande, qui propose des conditions très avantageuses aux étalonniers et attire ainsi quantité de juments ? Le secteur du trot, qui réserve la majorité des courses aux Trotteurs Français, pourra-t-il durablement maintenir cet équilibre ? 

 

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La structuration de la filière

Qu’est-ce qu’une filière « structurée » ? L’intuition qu’on en a dans la filière cheval est liée à l’émergence progressive (et parfois conflictuelle) d’acteurs et de démarches collectives face aux pouvoirs publics qui assumaient jusqu’à une date récente le pilotage de la filière. En fait, cela ne correspond pas vraiment au sens qui est donné à ce mot dans d’autres branches, où une filière structurée est une filière où les entreprises se sont concentrées et intégrées pour organiser et maîtriser l’offre. A l’évidence, on est loin de ce schéma dans le monde du cheval  de loisir et de travail actuellement ! En revanche, on s’oriente petit à petit vers un schéma où les fonctions collectives nécessaires au développement seront assumées par des organismes légitimes et pérennes.

Quelles sont ces fonctions collectives ? On peut citer la représentation syndicale des différents groupes d’acteurs, la recherche et le développement, la certification des produits et la définition de normes, l’organisation commerciale de l’offre, l’orientation de la production…

 

 

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L’organisation interprofessionnelle

L’efficacité économique de la filière est l’intérêt général de tous les acteurs (dont par ailleurs les intérêts divergent, les uns étant clients des autres !) Encadrées par le Code Rural, les interprofessions sont des lieux de dialogue des différents acteurs économiques pour améliorer le fonctionnement global d’une filière. Chaque groupe d’acteurs est représenté au sein de l’interprofession par une organisation majoritaire. Deux interprofessions existent dans le monde du cheval : la FIVAL pour les produits et services liés au sport, au loisir ou au travail avec des chevaux, Interbev équins pour le produit viande.

Au sein de la Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreFIVAL

  • La production est représentée par la FNC et l’ASEP
  • La formation et l’adaptation au marché par la CSCCF et l’ACSOF (membre associé)
  • L’utilisation par le GHN et le SNEEPEE

La mise en place de la FIVAL a été fortement encouragée par l’Etat qui jugeait nécessaire l’émergence de la dynamique interprofessionnelle. La FIVAL souffre cependant de cette construction « par le haut » qui la prive pour l’instant d’une réelle assise de terrain.

De  même, au sein d’Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreInterbev équins

  • Les producteurs sont représentés par la FNC
  • Les commerçants en bestiaux et les marchés de bétail vif sont représentés par la FFCB (Fédération Française des Commerçants en Bestiaux) et la FMBV (Fédération des Marchés de Bétail Vif)
  • Les coopératives sont représentées par la FNCBV (Fédération Nationale de la Coopération Bétail et Viande)
  • Les industriels et commerçants en gros sont représentés par la FNICGV (Fédération Nationale de l’Industrie et du Commerce en Gros des Viandes) et la SNIV (Société Nationale de l’Industrie des Viandes)
  • Les bouchers chevalins et les distributeurs sont représentés par la FBHF(Fédération des Bouchers Hippophagiques Français) et CODIVIAL (Comité de Distribution de la Viande en Libre-service)

Côté courses, il n’existe pas d’interprofession au sens du Code Rural. En revanche, tous les acteurs économiques du monde des courses hippiques sont représentés au sein des instances dirigeantes des sociétés mères (SECF et France Galop) nettement antérieures aux interprofessions et dont l’objet premier n’est pas économique.  Ces sociétés mères assument cependant des fonctions qui conditionnent entièrement l’économie des courses : elles sont responsables du Code des courses et répartissent une partie du produit des courses, en l’occurrence les recettes du PMU, entre les différents acteurs économiques. En cela, elles sont bien plus puissantes que les interprofessions.

 

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La filière sport – loisir – travail : une organisation encore mouvante

Les fonctions collectives sont assumées par de nombreuses structures dont les associations nationales de race agréées qui orientent la production de l’élevage, la SHF qui fournit son outil de travail aux cavaliers formateurs de jeunes chevaux et donc oriente le résultat de leur travail , les Haras nationaux qui certifient l’identité et les origines et contribuent à l’effort de recherche et de développement…


En face de cette organisation économique parfois redondante et souvent conflictuelle (recoupement des champs d’action, difficultés des organisations à être reconnues) on trouve également une organisation des sportifs, au sein de la FFE qui a pour mission de développer le sport et de garantir ses règles.


A l’échelon régional, on retrouve les deux versants sportif et économique. Côté sportif, ce sont les CDE et les CRE ainsi que les CDTE et CRTE pour le tourisme équestre ; côté économique, seul le stade de la production a mis en place des associations régionales d’éleveurs dont la fonction historique était la représentation face à l’ancien Service des Haras.


Une instance de concertation regroupe tous les acteurs, tant sportifs qu’économiques et y compris ceux du monde des courses, dans un cadre associatif souple qui repose essentiellement sur la cooptation – assez logiquement puisqu’il n’existe que peu d’organisations régionales susceptibles de mandater leurs représentants au sein des Conseils des Chevaux.


Le financement des structures assumant des filières collectives dans la filière est assuré par des cotisations (cotisations volontaires étendues de l’interprofession, cotisations des associations) et par des subventions publiques représentant parfois une part importante des budgets (FNC, Associations nationales de races, Fival, SHF, Haras nationaux…) Les organismes qui en ont les moyens financent également une partie de leur activité par la vente de prestations. 


La nouveauté 2005 est la création du fonds EPERON à partir des recettes des courses ; concrétisation de la solidarité entre la filière sport – loisir – travail et la filière courses, le fonds est géré par la fédération nationale des courses et administré par un comité d’engagement composé de trois représentants des courses, trois représentants de l’administration et trois représentants de la filière.

 

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Les filières courses : une organisation bien rodée

La filière courses est très intégrée : la plupart des fonctions collectives y sont assumées par les sociétés mères, et la participation de « l’amont » (par exemple, des sociétés mères qui regroupent tous les acteurs qui produisent les courses) est fréquente dans les instances dirigeantes de l’ « aval » (en l’occurrence, le GIE PMU).


Par ailleurs, le monde des courses est présent au sein des conseils des chevaux.


Le fait qu’il y ait aux fonctions économiquement clé peu d’organismes différents (Sociétés mères, FNCF et PMU), et que ces derniers soient liés de longue date par des liens financiers forts, limite sans doute les possibilités de conflit.
Pour toutes les structures liées à l’institution des courses, le financement est assuré par un retour plus ou moins important des recettes du PMU.

 

 

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La viande : si loin, si proche ?

La consommation de viande chevaline continue de susciter des débats. Pourtant, un poulain français sur quatre est un poulain de trait. Dans sa grande majorité (environ 95%), il est élevé dans un objectif boucher (pour le marché italien principalement). Et plus d’un cheval français (hors poulain de trait) sur trois est abattu par la filière viande. En toute logique, le prix d’achat d’un cheval âgé est plus ou moins directement indexé sur le prix de sa valeur bouchère, qui demeure dans tous les cas le « prix minimum garanti ». 

 

De ce fait la filière Viande Chevaline et la filière de Sport, de Loisir et de Travail sont interdépendantes. Le marché du produit Viande Chevaline a un impact sur la vie et la santé financière des éleveurs, des entraîneurs, des marchands et des centres équestres.

 

A plus large échelle, cette filière reste importante pour l’économie: en 2005, la France a importé pour 102 millions d’€ de viande chevaline et de chevaux de boucherie, alors qu’elle n’en a exporté qu’à hauteur de 57 millions d’€. Le déficit français en production pour ce produit contribue donc au déficit du commerce extérieur à hauteur de 45 millions d’€ annuel, soit près de 0,2% du déficit national.

 

Ces chiffres soulignent l'importance d'un bon fonctionnement de cette filière, qui, depuis 2002, s'organise sans heurts autour d'Interbev Equins, en concertation avec l'ensemble des interprofessions cheval.

 

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