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Dermite estivale récidivante des équidés

Niveau de technicité : niveau de technicité

Auteurs : M. Delerue et L. Marnay (Ifce)

Mise à jour : Avril 2018

 

Associant une prédisposition génétique d'hypersensibilité à l’attaque saisonnière d’insectes piqueurs (notamment du genre Culicoïdes), la dermite estivale récidivante des équidés est une affection difficile à soigner lorsqu’elle s’est installée. La meilleure solution pour lutter contre cette affection reste la prévention.

Qu’est-ce que la dermite estivale récidivante des équidés (DERE) ?

La dermite (ou dermatite) estivale récidivante des équidés (DERE) est une maladie inflammatoire chronique de la peau ou derme. Il s’agit d’une maladie saisonnière : elle apparaît au printemps, s’intensifie en été et disparait progressivement au cours de l’automne chez la majorité des équidés. Les signes cliniques réapparaissent chaque année et s’aggravent souvent au fil des années.

Elle est due à une hypersensibilité de certains équidés aux allergènes présents dans la salive de moucherons du genre Culicoïde. Ce sont les femelles culicoïdes, hématophages (elles se nourrissent de sang), qui piquent le cheval. Il s’agit de la dermatose allergique la plus fréquente chez les équidés. La prévalence (nombre d’équidés atteints de la maladie par rapport au nombre total d’équidés) est de 1 cheval sur 10 en France.

Quels sont les signes cliniques ?

On peut observer en tout début d’évolution des boutons appelés papules, en regard des zones de piqûres. Ces boutons sont cependant difficiles à voir dans les crins et disparaissent rapidement dès que le cheval se gratte. La DERE est en effet une affection très prurigineuse

Suite à ce grattage, les crins se cassent, des croutes apparaissent ainsi qu’une alopécie partielle (perte de poils). En cas de fort grattage, on peut également observer des plaies qui peuvent éventuellement s’infecter. 

Dans les cas les plus graves, les équidés peuvent perdre du poids suite aux nuisances provoquées par les insectes, interrompant la prise de nourriture régulière. L’utilisation du cheval peut être délicate en raison de la nervosité induite par ces démangeaisons. Leur valeur économique peut être fortement diminuée.

 
En règle générale, les signes cliniques régressent progressivement en automne et disparaissent en hiver. Au fil des années, les lésions évoluent vers la chronicité et ne disparaissent plus en hiver : la peau lésée s’épaissit et se plisse, les poils ne repoussent plus. 

Les lésions de dermatite sont localisées préférentiellement dorsalement (base de la queue et croupe, encolure et garrot, plus rarement les oreilles) et plus rarement ventralement (le long de la ligne blanche).

Quels chevaux sont touchés ?

Les premiers signes cliniques apparaissent entre 2 et 6 ans : les chevaux doivent être sensibilisés aux allergènes avant de pouvoir exprimer cette hypersensibilité. L’expression clinique peut être d’abord insidieuse mais s’aggrave souvent au fil des années.


Toutes les races peuvent être touchées.


Une prévalence de 50% (1 cheval sur 2 atteint) a été observée chez des chevaux de race islandaise, importés en France à l’âge adulte. Cette prévalence très importante serait due à une absence d’exposition précoce des chevaux aux allergènes contenus dans la salive des culicoïdes, qui ne sont pas présents en Islande.

Quels sont les facteurs de risque ?

Une prédisposition génétique

Certaines lignées de chevaux sont plus touchées que d’autres. Il y aurait donc une prédisposition génétique d’origine polygénique (plusieurs gènes sont concernés) mais les gènes impliqués n’ont pas été identifiés à ce jour. Il existerait probablement un lien entre la DERE et les affections respiratoires d’origine allergique. 

Facteurs environnementaux

Les Culicoïdes adultes sont présents entre mars et novembre (quand les températures sont supérieures à 10/15°C).

La période d’activité de culicoïdes est maximale au crépuscule (entre 19h et 22h). Pour certaines espèces, elle peut être également nocturne et le matin (2 à 3 heures après le lever de soleil).

Le développement et la multiplication des culicoïdes sont liés à la présence de facteurs climatiques favorables :

  • Ils se développent en milieu tempéré entre 15 et 35 °,
  • Ils n’aiment ni la pluie ni les vents forts,
  • Ils sont exophiles : ils vivent à l’extérieur et rentrent peu dans les écuries.

Les femelles pondent des œufs au niveau de zones humides. On retrouve donc des gîtes larvaires dans les mares, les rives des cours d’eau, les étangs, les marais, les ornières, les zones avec de la vase, les zones boueuses, mais aussi le creux des arbres, les fumières…

Il existe donc des zones où les culicoïdes sont plus nombreux.

Bilan des facteurs liés à la présence de culicoïdes

Paramètres Facteurs favorables à la présence de culicoïdes Facteurs défavorables
Type d’hébergement Extérieur Box dans un bâtiment
Période de la journée Aube et crépuscule  
Climat Chaud et sec Bord de mer, haute altitude
Type de sols Sols argileux, humides Sols bien drainés
Présence de gîtes larvaires Eau stagnante, fumière  
Type de végétation Haies, bordure de forêt  

Comment diagnostiquer cette maladie ?

Le diagnostic repose essentiellement sur l’observation des signes cliniques et leur localisation, ainsi que sur le caractère saisonnier de la maladie.

 
En cas de doute, des examens complémentaires peuvent être réalisés :

  • Une biopsie cutanée permet de mettre en évidence le caractère allergique des lésions,
  • Des tests d’intra-dermoréaction cutanée, par injection de l’allergène dans le derme du cheval (très petite quantité d’extraits de l’insecte). Dans l’état actuel des connaissances, ces tests sont cependant très peu spécifiques. Ils sont donc difficilement utilisables sur le terrain.

Comment prévenir la maladie ?

La prévention reste la meilleure option pour lutter contre la DERE puisqu’il n’existe aucun traitement réellement efficace. Ces actions de prévention doivent être mises en place très précocement dans la saison (dès le début du printemps, quand les températures sont supérieures à 10°C).

 
La première chose est d’éviter les piqûres par les culicoïdes. Il est conseillé d’associer un certain nombre de mesures parmi les recommandations ci-dessous :

  • Rentrer les chevaux à l’intérieur de bâtiments fermés avant la fin de la journée et les sortir à l’extérieur après le lever du jour. Des moustiquaires imprégnées d’insecticides peuvent être placées à l’entrée.
     
  • Eviter les prés avec des zones humides ou une fumière à moins de 500m
     
  • Nettoyer le bac à eau régulièrement
     
  • Mettre une couverture moustiquaire intégrale à faible maillage. Des couvertures adaptées à la problématique de la DERE sont disponibles dans le commerce. Cette couverture doit notamment couvrir le cheval de la tête à la queue ainsi que le ventre. La couverture devra être portée continuellement de mars à novembre ou au minimum pendant les périodes à risque.
  • De l’huile de vaseline peut également être badigeonnée sur les zones à risque et créé une gêne mécanique pour les moucherons. Cependant, cette pratique est à éviter quand il y a beaucoup de soleil : il y a des risques de brûlures
  • Des insecticides (notamment des pyréthrinoïdes) peuvent être utilisés, par aspersion sur le cheval ou sous forme de shampooing. Des répulsifs (Ex : citronelle, benzoate de benzyle …) peuvent également être utilisés mais leur efficacité semble limitée. Il est important de réaliser ces traitements de manière très régulière pour qu’ils soient efficace. Ces produits sont en effet rapidement éliminés du fait de la transpiration abondante des chevaux.  

Une équipe de recherche a mis récemment au point un vaccin qui a montré une certaine efficacité pour diminuer la sévérité des signes cliniques chez les chevaux atteints de DERE. Des études complémentaires sont cependant nécessaires pour valider son intérêt. Ce vaccin n’est cependant pas disponible sur le marché pour le moment.

 

Une complémentation en acides gras essentiels riches en oméga 3 et 6, notamment l’huile de lin, pourrait également diminuer la sévérité des signes cliniques. Les études sur le sujet sont cependant contradictoires.

Quel traitement ?

Il n’existe pas de traitement spécifique. De nombreuses études ont testé l’efficacité de l’immunothérapie (injections répétées d’extraits de culicoïdes) avec des résultats contradictioires. Il n’existe pas pour l’instant de protocole standardisé utilisable sur le terrain.

 

Des médicaments peuvent être utilisés pour lutter contre le prurit :

  • Les anti-inflammatoires stéroïdiens (ou corticoïdes) qui sont à réserver aux cas graves pour soulager temporairement le cheval,
  • Les anti-histaminiques : leur efficacité est cependant très variable d’un cheval à l’autre en fonction de la molécule et du dosage utilisé.

 

De nombreuses lotions combinant des actions répulsives, apaisantes et cicatrisantes sont disponibles sur le marché. Il ne s’agit pas de médicaments vétérinaires et leur efficacité n’a pas été démontrée. Ils peuvent être utilisés en combinaison avec d’autres mesures préventives.

Ce qu’il faut retenir

 

• La DERE peut être une maladie très handicapante chez le cheval et nuire à son bien-être si elle n’est pas prise en charge.
• La prévention est la meilleure arme pour lutter contre cette maladie chronique.
• Les meilleurs résultats sont obtenus en combinant plusieurs actions de prévention et de traitement.

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